Accueil du site > Terre > Articles > La progéniture du Kalachnikov.

La progéniture du Kalachnikov.

Les légendes, cela ne se conteste pas. D’ailleurs, si elles existent, c’est justement pour être crues. La seule chose qui soit autorisée de faire, c’est de les compléter. Ce que nous allons nous efforcer de faire.

Il s’agit du légendaire fusil d’assaut Kalachnikov, plus précisément de sa progéniture, les fameux "Kalach" comme on appelle maintenant les armes automatiques de la série AK. Il y en a profusion, près d’une centaine. Certains tirent des projectiles de 7,62 mm, comme l’AK-103 et l’AK-104. Et aussi de 5,45 mm comme les AKM-74, AK-105 et AKS-74U. Certaines de ces armes ont été adaptées au calibre de l’OTAN (5,56 mm) : l’AK-101 et l’AK-102. Cependant, il y a aussi des fusils d’assaut dont les chargeurs sont approvisionnés avec des cartouches de 9 mm. Il s’agit, par exemple, du Vikhr de petit gabarit ne pesant que deux kilogrammes, et du fusil automatique silencieux à lunette AS.

Si les deux dernières armes n’ont pas de rapport direct avec le légendaire armurier, elles affichent quand même des "liens de parenté" sous forme d’éléments de structure. Et puis il y a aussi la fiabilité, la simplicité d’exécution et d’utilisation. Ces armes peuvent également être dotées de viseurs optiques pour le tir de jour comme de nuit, d’un lance-grenades sous tube, de chargeurs divers... Autant de choses pour lesquelles les armes russes ont toujours et partout été appréciées.

Pourtant aujourd’hui nous parlerons non pas d’elles, mais des fusils d’assaut AN-94 Abakan et AEK-971 encore peu connus et qui aux yeux des spécialistes sont les meilleures armes légères existant actuellement. Sur certains points elles surpassent même le Kalachnikov. Lesquels précisément ?

Pour répondre à cette question remontons à l’année 1972. A l’époque, alors que notre pays s’appelait encore Union soviétique, un concours avait été lancé dans le plus grand secret en vue de remplacer le célèbre AK-47 universellement connu et qui figurait même sur les armoiries de certains Etats africains et sud-africains. Il avait été demandé aux armuriers de créer un fusil d’assaut plus puissant et perfectionné, tirant des projectiles non plus de 7,62 mais de 5,45 mm, un calibre qui tend à se généraliser dans le monde.

Onze fusils d’assaut avaient été sélectionnés pour les tests d’Etat et finalement le choix s’était porté sur seulement trois armes : l’AKM de Mikhaïl Kalachnikov, l’Abakan, lui aussi présenté par le bureau d’études de l’Usine mécanique d’Ijevsk, où le célèbre armurier travaillait, mais conçu par Guennadi Nikonov, un armurier peu connus en dehors des milieux spécialisés, et l’AEK-971, proposé par une équipe d’armuriers de l’Usine mécanique de Kovrov, dirigée par Alexandre Konstantinov.

Ces trois armes avaient été soumises à des tests, infernaux disons-le, au polygone de tir de Rjev. Leurs canons, chambres à gaz et chargeurs étaient longtemps maintenus dans des chambres froides à la température de moins cinquante. Ensuite, alors qu’ils étaient recouverts de glace, on faisait fondre celle-ci en tirant des rafales. Une fois cela fait, on remettait les armes au "frigo". Et les fusils d’assaut tiraient, tiraient. C’est vrai que les préposés aux tests remarquèrent que la première balle du Kalachnikov frappait la cible et que les suivantes s’éparpillaient. Les deux premiers projectiles de l’Abakan se logeaient dans la cible de six centimètres de diamètre. L’AEK-971, lui, il en plaçait trois.

La cadence de tir de l’AKM, de l’AEK et de l’Abakan est respectivement de 600, 800-900 et 1.800 coups par minute.

De nos jours, une armée professionnelle, nous disons bien une armée de métier, a besoin d’un fusil d’assaut foncièrement nouveau. La Russie en a deux : l’AN-94 Abakan et l’AEK-971 modernisé. Et s’ils n’ont pas encore la notoriété des Kalachnikov, leurs performances sont selon les spécialistes de 15 à 20 % supérieures à celles de l’"aïeul". Le fusil d’assaut de Nikonov est déjà en dotation. Après avoir été testé dans des unités spéciales de l’armée et de la marine, il a été livré aux unités spéciales des troupes terrestres. Quant au fusil d’assaut de Konstantinov, il équipe certains éléments d’unités d’infanterie motorisée et blindées. Pour le moment, il n’est pas prévu d’équiper entièrement l’armée et la marine avec ces armes.

Il y a pour cela plusieurs raisons. Premièrement, l’armée n’est pas encore constituée à 100% de militaires contractuels. Entretenir ces fusils d’assaut nouveaux est bien plus compliqué que le Kalachnikov. Deuxièmement, ce dernier a toujours "son mot à dire", si nous pouvons nous exprimer ainsi. Il offre d’immenses possibilités de modernisation. Et puis cette arme légendaire a un potentiel d’exportation considérable. Le Venezuela vient d’ailleurs de s’en procurer un lot de 100.000 unités. Caracas souhaite construire une usine de Kalachnikov sur son territoire. Tout indique que cette demande sera satisfaite en dépit des protestations de Washington qui voit d’un mauvais oeil l’apparition d’un nouveau concurrent à son M-16 en Amérique latine.

L’AN-94, l’Abakan et l’AEK-971 pourraient eux aussi accéder prochainement au marché international des armes légères. En tout cas, les spécialistes de pays étrangers s’y intéressent depuis longtemps. Ces fusils d’assaut seront présentés aux stands que les usines mécaniques d’Ijevsk et de Kovrov tiendront à Moscou à l’Exposition internationale d’armements terrestres MVSV-2006.

Article

> Mise à jour : novembre 2006
> Date de publication : novembre 2006
> Auteur : Viktor Litovkine. > Initialement publié par RIA Novosti.


M.T. Kalashnikov (photo : RIA Novosti).


AK-101 (photo : Izhmash)


Les fusils d’assaut Kalashnikov peuvent être dotées de viseurs optiques pour le tir de jour comme de nuit, d’un lance-grenades sous tube, de chargeurs divers... (photo : RIA Novosti).


AN-94 Abakan (photo : Izhmash).