Accueil du site > Air & Espace > Articles > Le sort du Requin Noir (1ère partie) : un pilote solitaire dans un cockpit (...)

Le sort du Requin Noir (1ère partie) : un pilote solitaire dans un cockpit blindé !

Les essais de l’hélicoptère Kamov Ka-50 BlackShark (Requin Noir) ont repris à l’usine d’Arseniev, dans le Primorié (Extrême-Orient russe), ont rapporté fin 2006 des agences d’information. Sa production, interrompue au milieu des 1990, a été entièrement rétablie, a indiqué aux journalistes un porte-parole de l’usine.

Que représente, en fait, cet hélicoptère ? Et pourquoi l’armée russe préfère-t-elle les appareils Mil : le Mi-28N, le Mi-24 modernisé, le Mi-17 de transport et de débarquement, et achète très peu de Kamov : ce même Ka-50 Requin Noir, le Ka-52 Alligator et le Ka-60 Kassatka ? Essayons de répondre à ces questions.

Disons d’abord que le Requin Noir n’est pas du tout un appareil "malchanceux". Au contraire.

En 1984, le Ka-50 - plus tard, il sera désigné comme Requin Noir - a remporté un concours secret organisé par le Comité central du Parti communiste, le Conseil des ministres de l’URSS et le ministère soviétique de la Défense. Son objectif consistait à trouver un bon "remplaçant" au Mi-24, pour ainsi dire "usé" par la campagne afghane.

Le nouvel appareil devait, selon les organisateurs du concours, dépasser le célèbre "Crocodile" - c’est ainsi qu’on appelait le Mi-24 dans l’armée - en tout point. Pour la puissance de son armement, pour sa capacité de voler, de jour comme de nuit, quelle que soit la météo, et de réaliser toute mission, de la simple reconnaissance aux coups foudroyants contre des blindés et des effectifs. Et aussi pour sa capacité d’atteindre des cibles aériennes, tout en restant invulnérable au feu ennemi. Le Ka-50 répondait à toutes ces exigences.

A bord du Requin Noir, le pilote est protégé par un cockpit blindé, invulnérable même aux balles 12,7 mm tirés à une distance de 100 m et à l’obus de 20 mm du canon américain Vulcan. Ce canon équipe, par exemple, l’Apache AH-64A, le meilleur appareil de combat étranger à ce jour. D’ailleurs, son pilote, face aux balles et éclats d’obus, n’est protégé que par un siège blindé.

Le Ka-50 a un autre avantage unique. Son pilote est assis sur un siège éjectable, comme dans un chasseur. Ce siège est conçu par l’entreprise NPO Zvezda qui équipe des Sukhoi, des MiG, des Toupolev. Et en plus, si le pilote blessé perd connaissance, l’hélicoptère peut faire volte-face et revenir sur la base d’où il a décollé.

En concevant le Ka-50, nous avons essayé de réunir, dans cet appareil, les acquis les plus récents de la science et de la technique nationales et de protéger au maximum le pilote, de lui fournir les armes les plus perfectionnées et de transformer l’hélicoptère de moyen opérant de préférence en embuscades et à partir d’abris en appareil susceptible d’agir comme participant à part entière à un combat de blindés en attaque, me confiait Sergueï Mikheev, Héros de Russie, constructeur général du Bureau d’études Kamov.

Pour réaliser cette mission, le Requin a été équipé d’un canon "terrestre" de 30 mm 2A42 et non d’un canon "aérien", comme d’habitude. Le canon "terrestre" est deux ou trois fois plus lourd que le canon "aérien", ou celui qui est installé à bord de l’Apache américain, mais en revanche il est de loin plus puissant. Tant en termes de portée que de capacité de performation du blindage. Et en plus il ne craint ni la crasse, ni l’eau ni la poussière. Pour un hélicoptère opérant au-dessus du champ de bataille - c’est une qualité irremplaçable.

Outre son canon à grande vitesse, le Ka-50 porte des missiles antichars guidés Vikhr, spécialement adaptés pour lui. Ces missiles sont aussi uniques en leur genre : ils sont guidés automatiquement, par laser. Développant une vitesse ultrasonique, ils possèdent une capacité de perforation très élevée et ne sont pas soumis à l’action des perturbations radio-électroniques. Ils peuvent frapper non seulement des cibles blindées, des rampes de lancement de missiles tactiques et opérationnels et tactiques, mais aussi des cibles aériennes.

Un ordinateur de bord reçoit automatiquement la désignation des objectifs provenant d’un autre hélicoptère, par exemple, d’un Ka-52 Alligator qui incarne une nouvelle étape dans le développement des idées qu’on retrouve à la base du Requin Noir. D’ailleurs, l’ordinateur de bord pourrait recevoir l’information provenant d’un avion radar (de type AWACS), d’un système de reconnaissance terrestre, d’un officier éclaireur.

Cette désignation des objectifs est automatiquement mémorisée et, sur commande du pilote, apparaît sur un écran dans le cockpit. Il peut y avoir plusieurs objectifs à la fois. L’ordinateur choisit les principaux et les plus dangereux (ceux qui se trouvent dans la zone la plus proche couverte par les armes de bord) et avertit le pilote, qui décide de l’objectif à frapper en priorité.

Le Requin Noir porte 12 missiles Vikhr, mais il a aussi à son bord 80 NOuRS (obus à réaction non guidés). Une autre "chose" très désagréable pour l’ennemi.

On peut parler longtemps des performances du Requin Noir, l’un des meilleurs hélicoptères de combat, qui semble avoir anticipé sur son temps et qui est même devenu le héros d’un film de fiction du même nom. Mais comment ne pas évoquer sa capacité de se retourner en plein vol et de déclencher une rafale contre l’ennemi et de poursuivre son vol. Seuls des appareils à rotors coaxiaux sont en mesure de le faire.

Mais c’est cette particularité - les deux hélices à trois pales qui commandent la montée de l’appareil et la direction de son vol - qui a joué un mauvais tour au Requin Noir. Car aucun pays du monde ne fait appel, dans les combats interarmes, aux hélicoptères à rotors coaxiaux. En Russie non plus, il n’est pas de mise de se distinguer, en cela, des armées des autres grandes puissances.

Mais, pour les commandants interarmes, le plus terrible était ailleurs. Comme dans un chasseur, le Requin Noir n’a qu’un pilote. Au moyen de dispositifs électroniques de bord, il remplit les fonctions de pilote, de navigateur, d’opérateur-pointeur.

Pour certains capitaines de guerre, c’était comme un coup de poignard dans le coeur ! Car, expliquaient-ils, des équipages volent à bord des Apaches, des Sikorski, des Bell. Deux hommes volent à bord des Mi russes. Pourquoi alors les Ka-50 doivent-ils être manoeuvrés par un seul pilote ? Qui remplira la mission s’il est tué dans un combat ?

Faut-il dire que les zélateurs des "traditions" ont accueilli le monoplace à couteaux tirés ? Et lorsque, après l’ "effondrement budgétaire" survenu au début des années 1990, l’armée a commencé à obtenir des sommes juste pour ne pas mourir définitivement, les rivaux du Ka-50 ont tout fait pour arrêter le financement de sa production.

Les constructeurs du Requin Noir se sont alors mis à sauver leur création par tous les moyens à leur disposition.

- Lire la seconde partie.

Article

> Mise à jour : février 2007
> Date de publication : janvier 2007
> Initialement publié par RIA Novosti.
> Auteur : Viktor Litovkine.


Le Ka-50 "Requin Noir", concurrent malheureux du Mi-28N (photo : RIA Novosti).