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Infanterie de Marine & Défense Côtière

L’Infanterie de Marine russe (Morskaya Piekhota) et la défense côtière (Beregovye Raketno-Artilleriiskie Voiska ou Troupes de Missiles et d’Artillerie Côtière) constituent deux corps placés sous l’autorité d’un commandement unique. Ils sont en charge de la sécurité des navires et installations navales russes, de la défense des côtes russes et des opérations amphibies. Au total, ils regroupent 9 500 hommes.

L’Infanterie de Marine

L’histoire de l’Infanterie de Marine russe remonte à 1705. Elle s’est distinguée au combat à de nombreuses reprises y compris pendant la seconde guerre mondiale où elle comprenait pas moins de 500 000 hommes se battant sur les différents fronts terrestres ! Elle a été intégrée aux forces navales soviétiques en 1960. Elle se développa fortement par la suite passant de 3 000 hommes en 1965 à 8 000 rien qu’en 1969 puis 20 000 dans les années 1980 avant de revenir à 18 000 en 1989… Considérée comme un corps d’élite des forces armées soviétiques, elle devait, en temps de guerre, saisir des détroits et îles stratégiques préalablement à l’arrivée des troupes terrestres. Elle pouvait aussi être utilisée pour mener des assauts amphibies à l’arrière du dispositif ennemi. De plus, elle est chargée de la sécurité des navires et installations navales russes mais aussi, chose moins connue, des représentations diplomatiques russes à l’étranger. Aujourd’hui, les grands assauts amphibies semblent révolus du fait des capacités amphibies réduites de la Marine russe par rapport à son aînée la Marine soviétique (retrait massif des LPD classe « Ivan Rogov » par exemple) et du coût (rien qu’en carburant) de telles opérations dans un budget très restreint ! Par contre de nouvelles missions lui ont été affectées depuis les années 1990 comme le déploiement de forces expéditionnaires plus légères ou la contre insurrection (sécurité intérieure) ; notamment en Tchétchénie.

L’Infanterie de Marine russe est considérée comme un corps d’élite (à l’égal des Troupes Aéroportées ou des forces spéciales Spetsnaz) bien entraîné par rapport aux autres formations militaires. Son processus de recrutement est considéré comme difficile et elle bénéficie d’un encadrement de qualité, d’un moral supérieur, d’un esprit de corps particulièrement important et d’une bonne expérience au combat de par ses missions en Tchétchénie. Par conséquent, l’Infanterie de Marine a été plus favorisée que d’autres unités durant les périodes de manque de ressources financières.

Les effectifs de l’Infanterie de Marine seraient aux alentours des 7 500 hommes aujourd’hui contre 18 000 en 1989. Les divisions et brigades d’infanterie de marine sont réparties dans les différentes flottes de la Marine russe (cf. tableau ci-après) et disposent au total d’environ 160 chars T-70 et T-80, 60 blindés de reconnaissance BRDM-2 et 900 véhicules blindés de transport de troupes BMP-2/3, MT-LB et BTR-70/80. Les chars légers amphibies PT-76 ne sont plus en service. Le T-80 n’aurait quant à lui pas encore été livré en grandes quantités tout comme le BMP-3. D’ici 2015, 45% de tous ces matériels terrestres devraient être remplacés par du neuf selon le dernier plan d’armement (2007-15). Notons qu’à la différence des Marines américains de l’USMC qui disposent d’un soutien d’artillerie et aérien conséquent, les troupes de Marine russes ne disposent que de faibles moyens d’appui lourd et devraient être renforcées, dans la durée, par des unités des troupes terrestres.

Pour les opérations amphibies, les troupes de marine peuvent compter sur les navires de la Marine : un unique LPD de classe « Ivan Rogov » (Projet 1174), une dizaine de LST et plusieurs engins amphibies à effet de surface. L’avantage de ces derniers est leur vitesse qui peut permettre de créer la surprise lors d’un assaut sur une plage par exemple. De plus, les navires amphibies de la Marine disposent généralement de moyens d’appui comme des canons et des lance-roquettes multiples. L’URSS avait développé un formidable engin pour les opérations amphibies mais suite à sa chute dans les années 1990, il n’atteindra jamais la production en série : l’Ekranoplan. Il se déplaçait à la vitesse d’un avion à quelques mètres au-dessus des vagues grâce à l’effet de surface et embarquait hommes et blindés qu’il pouvait déposer sur les plages après amérissage ! L’aviation navale met par contre à disposition de l’Infanterie de Marine des hélicoptères d’assaut Ka-29, Mi-8/17 et de combat Mi-24. Ses quelques avions de combat Su-24M sont également chargés de l’appui aux troupes de marine. Pour les opérations aéroportées éventuelles (l’Infanterie de Marine compte plusieurs bataillons d’assaut aéroporté et un Commando parachutiste), les hélicoptères Ka-29 et Mi-8/17 ainsi que les avions An-24/26 et An-12 pourraient être utilisés sans parler de la possibilité de recourir aux moyens plus lourds des forces aériennes russes (Il-76 par exemple). La doctrine militaire russe pour les opérations amphibies prévoit deux premières vagues amphibie et héliportée pour attaquer l’adversaire de deux côtés à la fois. Une fois la plage saisie, une seconde vague avec des moyens plus lourds (chars) vient renforcer la tête de pont. Si besoin, une troisième vague est constituée par les moyens des forces terrestres.

Les principales unités des troupes de marine sont les suivantes :

Flotte Unités et moyens Commentaires
Nord 1 brigade indépendante à 4 bataillons d’assaut, 1 de chars, 1 batterie d’artillerie, 1 batterie antichars et 1 de lance-roquettes multiples 60ème Brigade Indépendante d’Infanterie de Marine ou 63ème Brigade de la Garde ?
Pacifique 1 division d’infanterie navale à 3 bataillons d’assaut (2 motorisés et 1 aéroporté), 1 de chars et 1 d’artillerie 55ème division ?
Baltique 1 régiment (ou brigade ?) indépendant de 1 100 hommes disposant de 26 chars et plus de 100 blindés
Noire 1 brigade (ou régiment ?) indépendante
Unités indépendantes 1 brigade commando à 1 bataillon de commandos parachutistes et 3 compagnies de commandos marines

Dans les années 1960, chaque flotte disposait d’un régiment d’Infanterie de Marine à l’exception de la Flotte du Pacifique qui en avait deux. Dans les années 1970 et 1980, les régiments des trois flottes furent transformés en brigades et ceux de la Flotte du Pacifique en division. Toutefois, les différentes unités de l’Infanterie de Marine peuvent être organisées de manières très différentes pour des raisons historiques ou de « souplesse opérationnelle » (d’où leur « indépendance ») avec des structures adaptées aux besoins du moment (exemple de la Tchétchénie) y compris en intégrant des éléments venant d’autres unités si nécessaire…

Selon l’historien Peter Antill, l’organisation générique d’une Brigade comprenait deux bataillons de chars lourds (renforcés dans la Flotte du Nord) et cinq d’infanterie. Une brigade d’Infanterie Navale soviétique comprenait jusqu’à 70 ou 80 chars. Le régiment comprenait trois bataillons d’infanterie sur BTR-60PB, un bataillon de chars sur T-54 ou T-55 et un bataillon de chars sur PT-76. D’autres sources évoquent pour le bataillon de char 9 PT-76 ou 6 PT-76 et 3 chars lourds. Et pour le bataillon d’infanterie : 9 BTR-60/70/80 ou MT-LB selon les époques, un mortier de 120mm et un lance-missiles anti-char AT-4 monté sur un blindé BTR ou BRDM-2. D’autres éléments pouvaient se greffer sur cette structure dont des lance-roquettes multiples BM-21 (un bataillon à 18 BM-21), des automoteurs d’artillerie anti-aériens ZSU-23-4 et des missiles sol-air (un bataillon mixte avec des moyens divers), des lance-missiles anti-char (un bataillon à 18 BRDM-2 équipés de missiles AT-3 ou AT-5). Le bataillon d’artillerie pouvait être constitué de matériels très variables selon les Flottes. A partir des années 1980, les T-54/55 ont été remplacés par les T-72/80 et les BTR-60PB par les MT-LB et BTR-70/80 tandis que le missile sol-air SA-8 a été introduit en service. Le PT-76 a été progressivement retiré du service et généralement remplacé par des T-72/80 sauf dans la Brigade de la Flotte du Nord qui aurait mis en service des automoteurs d’artillerie 2S19 en remplacement. L’introduction ultérieure de BMP-2 (puis de BMP-3) voire de BMD-2 a également été évoquée de même que celle du Tunguska. A noter qu’après la chute de l’URSS, la brigade de la Flotte de la Mer noire a dû être partagée avec l’Ukraine ; devenant de fait un régiment pour les russes selon Peter Antill.

Durant les deux guerres de Tchétchénie, les unités de l’Infanterie de Marine ont été fortement sollicitées comme « troupes de choc ». Au plus fort des combats, l’équivalent de trois brigades a été engagé durant la première guerre de Tchétchénie. Chaque flotte a fournit tous les éléments dont elle disposait. Des détachements issus des bataillons aéroportés de l’Infanterie de Marine ont également opéré conjointement avec les Troupes Aéroportées russes. L’Infanterie de Marine a payé un lourd tribu dans son combat contre les rebelles tchétchènes lors de la première guerre de Tchétchénie : 172 morts et 564 blessés… Ses faits d’arme et son efficacité ont été reconnus : pas moins de 4 000 de ses hommes ont été décorés dont 12 officiers et soldats faits « Héros de la Russie », l’une des plus hautes distinctions du pays. Après la prise de la capitale tchétchène, des unités de l’Infanterie de Marine russe ont été regroupées au sein d’un nouveau régiment créé pour appuyer l’armée régulière et basé à Grozny : le 103ème Régiment Indépendant. En 2000, lors de la seconde guerre de Tchétchénie, au moins trois bataillons étaient engagés en Tchétchénie ; notamment dans les opérations d’élimination des groupes rebelles retranchés dans les montagnes. Ils appartenaient aux flottes du Pacifique, de la Baltique et du Nord. Fait notoire : les troupes de marine seraient parmi les seules unités à ne pas avoir été mentionnées dans les atrocités commises sur la population tchétchène ; ce qui révèle la qualité de ces forces et de leur encadrement. L’expérience acquise en Tchétchénie a été particulièrement importante pour les troupes de marine tant dans l’adoption de nouvelles tactiques toujours plus efficaces que dans la réorganisation des unités pour plus de souplesse.

La défense côtière

L’existence de trois divisions russes de défense côtière aurait été révélée en 1990 lors des négociations sur le traité CFE de limitation des armements conventionnels en Europe. Aujourd’hui, elle ne compterait plus qu’une division, une brigade, un régiment d’artillerie côtière et deux régiments de défense côtière soient 2 000 hommes au total. Il s’agirait essentiellement de réservistes. Ces différentes formations regroupent des unités d’infanterie, de défense anti-aérienne, d’artillerie et de missiles anti-navires. Etant donné la longueur des côtes russes, leur tâche n’est pas aisée…

Dans le cas particulier de la Flotte de la Baltique, toutes les forces terrestres de l’enclave de Kaliningrad sont subordonnées au Commandant du groupe de défense côtière local. Ce qui inclut la 11ème Armée de la Garde (deux divisions de chars, deux divisions motorisées, une brigade de défense anti-aérienne et la 37ème Brigade Aéroportée indépendante soient au total 13 000 hommes sur un effectif théorique de 60 000) et le Régiment indépendant d’Infanterie de Marine (1 100 hommes, 26 chars et une centaine de blindés).

La modernisation de la défense côtière est en cours avec le remplacement des systèmes « Rubezh » par les « Bal » plus modernes (théoriquement à partir de 2006) ainsi que l’acquisition de systèmes « Bereg » supplémentaires annoncée en 2006. Le premier système Bereg serait entré en service en 2003 au sein du 40ème Régiment Côtier de Missiles (Flotte de la Mer noire).

Parc d’équipements de l’Infanterie de Marine et de la Défense Côtière

Au 1er mars 2007, l’Infanterie de Marine et la Défense Côtière russes disposeraient des équipements suivants :

Equipement Nombre Commentaires
T-72 et T-80 160 chars
BMP-3 n.c. possiblement quelques exemplaires
BMP-2 450 trsprt de troupes
BTR-70/80 750 trsprt de troupes
MT-LB 250 trsprt de troupes
BRDM-2 60 reconnaissance
AT-3/4/5/6 n.c. missiles anti-chars
BM-21 70 appui
ZSU-23-4 50 automoteurs d’artillerie anti-aérienne de 23mm
D-20 150 canons de 152mm
2A65 300 canons de 152mm
2A36 100 canons de 152mm
D-30 10 canons de 122mm
2S5 100 automoteurs d’artillerie de 152mm
2S1 140 automoteurs d’artillerie de 122mm
2S9 150 automoteurs d’artillerie de 120mm
2S9 150 automoteurs d’artillerie de 120mm
Rubezh n.c. système mobile de missiles antinavires (SS-C-3 « Styx ») de 80km de portée
Bal n.c. système mobile de missiles anti-navires (radars + missiles Kh-35 Uran de 120km de portée montés sur camions 8x8) mis en service à partir de 2006
Bereg n.c. système mobile d’artillerie incluant des radars et canons de 130mm (20km de portée) montés sur camions 8x8 mis en service depuis 2003
SA-7 250 missiles sol-air portables à courte portée
SA-8 50 missiles sol-air à courte portée
SA-9 50 missiles sol-air à courte portée
SA-13 50 missiles sol-air à courte portée sur châssis MT-LB
2S6 Tunguska (SA-19) 50 automoteur antiaérien (missiles SA-19 + canons antiaériens)

Sources

- Antill Peter, Naval Infantry (2001).
- Jane’s.
- Global Security.
- FAS.
- Veille stratégique de Redstars 2001-2007.

Article

> Mise à jour : mars 2007
> Date de publication : mars 2007
> Auteur : redstars.
> Photos : Ministère de la défense russe et US MoD sauf mention contraire.


L’emblême de l’infanterie de marine russe et sa devise que l’on pourrait traduire par "La victoire là où nous sommes".


Débarquement de soldats de l’Infanterie de Marine russe sur une plage lors d’un exercice en 2006.


Cérémonie de l’Infanterie de Marine soviétique en 1990.


L’Infanterie de Marine russe est notamment en charge des assauts amphibies...


Soldats de l’Infanterie de Marine russe.


Le char léger amphibie PT-76 fut pendant longtemps le cheval de bataille des troupes de marine russes.


Un blindé BTR-80 des troupes de marine russes lors d’un exercice en 2006.


Un blindé MT-LB des troupes de marine russes.


Un soldat des troupes de marine russe armé d’un fusil d’assaut AK-74.


Nageurs de combat de l’une des trois compagnies de commandos marines des troupes de marine russes (photo : RIA Novosti / Oleg Lastochkine).


Troupes de marines à l’assaut (photo : RIA Novosti / Vitali Ankov).


Des BTR-80 viennent de débarquer du LPD de type Ivan Rogov en arrière plan (photo : RIA Novosti / Vitali Ankov)


Troupes de Marine à l’entraînement (photo : Vitali Ankov)


Les troupes de marine sont aussi chargées de la protection des bases et navires russes (ici une frégate Krivak II en arrière plan).


Tir d’un missile anti-navire SS-C-3 "Styx" depuis un système mobile de défense côtière "Rubezh".


Le système de défense côtière Bereg avec un canon de 130mm monté sur un camion 8x8 et ses véhicules d’accompagnement (en arrière plan).


Le système de défense côtière "Bal" (SS-C-6 "Stooge" pour l’OTAN) doit actuellement entrer en service pour remplacer les "Rubezh".