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La Flotte russe de la mer Noire : hier, aujourd’hui, demain

Par l’amiral Igor KASSATONOV, commandant de la flotte de la mer Noire (1991-92), commandant adjoint de la Marine de guerre russe (1992-99), pour RIA Novosti (propos recueillis par Youri Ploutenko).

A l’époque soviétique, la Flotte de la mer Noire, dotée de missiles nucléaires, agissait dans la direction Sud-Ouest de la coalition des alliés de l’organisation du Traité de Varsovie. Son activité a exercé une influence substantielle sur la situation en Méditerranée et au Proche-Orient.

La flotte russe de la mer Noire joue toujours un rôle prédominant en mer Noire. Stationnée à Sébastopol (Crimée, Ukraine - NdlR), elle défend les intérêts nationaux de la Russie. A mon avis, Sébastopol restera la base principale de la Flotte de la mer Noire, même après 2017, année d’expiration de l’accord de location de Sébastopol. Cet accord sera prorogé ou un nouvel accord sera conclu pour un délai plus long. Certes, les hommes politiques ukrainiens tâcheront d’y gagner. En ce moment, la Russie paie à l’Ukraine 100 millions de dollars par an pour la location de Sébastopol : une somme immense pour Kiev.

La présence de la Flotte de la mer Noire en Crimée garantit la paix et la sécurité dans cette région. La situation militaire et politique dans la zone d’action de la flotte peut être qualifiée d’instable en raison de la tension dans le Caucase, de conflictuelle à cause de la proximité du Proche-Orient et de la crise dans la région du golfe Persique.

Parmi les principaux défis observés dans le Sud de l’Europe qui influent négativement sur la sécurité nationale de la Russie, on peut citer les contradictions interétatiques dans le Caucase du Nord et en Transnistrie, l’intensification de l’extrémisme islamique, le conflit au Proche-Orient, le conflit interethnique dans les Balkans, les contradictions gréco-turques, l’instabilité politique en Ukraine et le danger de l’opposition interethnique en Crimée.

En ce moment, la Marine de guerre ukrainienne peut réagir plus facilement à ces défis conjointement avec la Flotte russe de la mer Noire. Mais, si l’Ukraine adhère à l’OTAN et si la Flotte de la mer Noire est retirée de Sébastopol, tout cela constituera un lourd fardeau pour l’Ukraine.

Je tiens à mentionner également le problème des détroits de la mer Noire. Le fait est que l’Ukraine n’avait pas participé à la signature du traité de Montreux, ce qui permet à la Turquie de dicter à l’Ukraine les dispositions du traité comme bon lui semble.

Qui plus est, en raison des facteurs extérieurs de ces dernières années, la Flotte de la mer Noire s’est heurtée à des problèmes sérieux. Des restrictions frappent la liberté de navigation des navires et des aéronefs, l’utilisation des polygones, les navires de guerre et les avions sont fouillés à la douane, ce qui est contraire aux normes internationales, des obstacles sont dressés à l’arrivée des frets livrant l’approvisionnement et le matériel nouveau. C’est une des formes d’évincement de la Flotte de la mer Noire de Sébastopol. La partie matérielle de la flotte s’use. Si les navires et les mécanismes ne sont pas remplacés, la flotte cessera d’exister. Alors, comme l’estime l’Ukraine, toute son infrastructure côtière passera aux forces navales ukrainiennes. C’est pourquoi elle empêche les nouveaux navires et avions d’entrer à Sébastopol. Par exemple, un problème de ce genre s’est posé au nouveau navire Samum. Il n’a été réglé que récemment.

La Flotte russe de la mer Noire surpasse aujourd’hui toutes les flottes des pays riverains de la mer Noire réunies, sauf celle la Turquie. Des unités des forces armées des Etats-Unis sont déjà stationnées en Bulgarie et en Roumanie. Ces Etats sont déjà membres de l’OTAN. La Géorgie rêve d’adhérer à l’Alliance. Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko recherche également l’adhésion de son pays à l’OTAN. En ce qui concerne la Turquie, ses forces navales dépassent déjà notre Flotte de la mer Noire à bien des égards. La Turquie qui est depuis longtemps membre de l’OTAN fait la loi dans les détroits. Des escadres de navires et de sous-marins peuvent entrer à tout instant dans la mer Noire : aussi bien celles de la Turquie, que celles de ses alliés au sein du bloc. A l’époque de l’URSS, les Etats-Unis formaient en Turquie des spécialistes pour la guerre contre l’URSS. A présent, la Turquie possède l’une des flottes les plus modernes, ses marins sont parfaitement entraînés.

Le groupe de coopération navale regroupant six Etats riverains de la mer Noire (Bulgarie, Géorgie, Russie, Roumanie, Turquie, Ukraine) a été créé en 1998 sur proposition de la Turquie. Il a pour vocation de lancer en commun des opérations de recherche et de sauvetage, de repêcher des mines et d’effectuer des visites de bonne volonté, ce qui constitue un tableau extérieur favorable. Mais ces exercices dissimulent, en règle générale, une orientation antirusse : selon leur scénario, un grand pays veut conquérir un petit pays.

Les exercices avec la participation de toutes les troupes russes ne peuvent être effectués que sur le littoral s’étendant de Taman à Adler, car le reste du littoral se trouve sous le contrôle de l’OTAN. Mais il ne faut pas céder au découragement. Il y a eu des périodes pires.

J’estime que la tendance positive au développement et à l’édification de la Marine de guerre russe observée ces 5 à 6 dernières années doit être conservée.

Article

> Mise à jour : juillet 2007
> Date de publication : juillet 2007
> Initialement publié par RIA Novosti.


photo : RIA Novosti