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Les commandes militaires russes.

La Commission militaro-industrielle auprès du gouvernement russe s’est réunie le 11 mai, le lendemain du jour où le président Vladimir Poutine avait adressé son message annuel à l’Assemblée fédérale. Il y a été question des objectifs que le chef de l’Etat avait fixés mercredi dernier au complexe militaro-industriel et à l’armée.

Rappelons que ces objectifs consistent "à parvenir à ce que les dépenses pour le développement (des forces armées - V.L.) correspondent à au moins la moitié du budget militaire, chaque rouble investi étant utilisé avec parcimonie et à bon escient", "à former un système unique de commandes et de livraisons des armements, matériels de guerre et équipements", "à doter les forces stratégiques nucléaires de davantage d’avions à long rayon d’action et de sous-marins et les Troupes de missiles stratégiques de davantage de rampes de lancement".

La réalisation de ces objectifs implique impérativement une coordination du travail du complexe militaro-industriel (CMI) et des ministères concernés. Cette coopération doit être du ressort de la Commission militaro-industrielle à la tête de laquelle le vice-premier ministre et ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, a été placé récemment.

La réalisation des commandes militaires publiques (GOZ) en 2005 a été la première question examinée par la commission le 11 mai.

Certains résultats ont été obtenus en la matière. Selon le vice-président de la commission, Vladislav Poutiline, les GOZ ont été exécutées à 97,3%. L’armée et la marine ont pris possession de nouveaux types d’armes, de matériels de guerre et d’autres équipements militaires. Plus de 400 modèles au total. Par contre, plus d’un milliard de roubles (près de 35 millions de dollars) alloués pour l’achat d’armes sont restés inutilisés. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons dont l’une est le manque de coordination de l’activité des secteurs du CMI.

Par exemple, l’usine de constructions mécaniques de Votkinsk, subordonnée au Roskosmos, a fabriqué huit missiles monoblocs Topol-M, qui auraient dû être mis en prise d’alerte dans la division de missiles de Taman dans la localité de Tatichtchevo, près de Saratov (région de la Volga). Cependant, Rosspetstroï, chargé d’adapter au Topol-M les silos libérés par les SS-19 mirvés (à têtes multiples à guidage indépendant), n’a pas respecté les délais si bien que plus aucun missile n’est en prise d’alerte.

C’est vrai que cette "bévue" n’a pas eu d’incidence notable sur la disponibilité opérationnelle des forces stratégiques de dissuasion, mais elle a néanmoins rendu plus sensible le problème de la concertation du travail des départements.

Les problèmes auxquels le CMI russe est confronté ne se limitent pas au manque de coordination de l’activité de ses différents secteurs. D’autres questions plus profondes et complexes se posent. L’une d’elles a été abordée par Vladimir Poutine dans son message. Il s’agit du renouvellement des fonds fixes dans l’industrie, notamment dans le secteur qui fabrique les armes destinées à l’armée et à la marine russes et aussi à l’exportation. Dans cette branche le parc des machines-outils est usé à 80%, or la création des matériels de guerre réclame des équipements de haute précision et très performants. Il est nécessaire d’investir des sommes considérables pour remplacer ce parc.

La hausse galopante des prix des produits énergétiques, des matériaux et, ce qui n’est pas moins négligeable, de la main-d’oeuvre, est un autre problème. Refreiner cette hausse au maximum, la rendre prévisible et graduelle est un autre objectif de même portée que la coordination de l’activité de branches travaillant pour la défense.

Surtout que ces branches dans leur aspect initial n’existent plus dans l’industrie russe. Dans les sites où l’on fabrique des armes on confectionne aussi des articles à vocation civile. L’usine de constructions mécaniques qui construit les missiles Topol-M, Boulava et Iskander produit également des équipements pour les industries pétrolière et gazière, des machines agricoles et d’autres articles qui sont loin de dépareiller le marché. Et pour cette entreprise il est avantageux de réduire les dépenses pour la fabrication des armements car l’argent ainsi économisé pourrait être investi dans la production civile au rendement plus rapide et aussi dans la formation de spécialistes hautement qualifiés.

La pénurie de spécialistes est un autre grave problème auquel l’industrie militaire est confrontée. L’âge moyen des spécialistes qui y travaillent approche celui de la retraite. Or, pour leur trouver une relève digne de ce nom, de cinq à dix ans au minimum seront nécessaires.

Le problème de la régularité et de la prévisibilité des GOZ, de leur planification sur cinq à dix ans intervient ici. Lui aussi est examiné par les membres de la Commission militaro-industrielle près le gouvernement.

Nous savons que d’ici à 2007 les commandes militaires publiques augmenteront de 20% pour se chiffrer à 302,7 milliards de roubles, soit un peu plus de 10 milliards de dollars. Le gros de cette somme - 145 milliards de roubles (quelque 5 milliards de dollars) - sera utilisé pour l’achat de nouveaux armements et matériels de guerre. Cela représente une progression de 22% par rapport à l’année dernière. 60 milliards de roubles (2,2 milliards de dollars) seront dépensés pour les travaux de réparation (en hausse de 15,7%). La recherche-développement recevra une enveloppe de 98 milliards de roubles (3,5 milliards de dollars), ici la progression sera de 20%. D’autre part, 14,6 milliards de roubles (500 millions de dollars) seront dépensés pour équiper les troupes de l’intérieur et la police.

Ces chiffrent révèlent qu’en 2006, tout comme cette année, les achats d’armements et d’équipements seront supérieurs aux exportations. Cela signifie que l’armée et la marine russes pourront réellement faire face aux éventuels conflits du XXIe siècle.

Article

> Mise à jour : août 2006
> Date de publication : mai 2006
> Auteur : Viktor Litovkine, commentateur militaire de l’agence de presse russe RIA Novosti.
> Initialement publié par RIA Novosti.


Un lanceur mobile Topol-M.