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Le sort du requin noir (3ème partie)

Au début du 21ème siècle, toutes les unités de l’aviation légère de l’armée de terre, y compris celles d’hélicoptères, ont été réintégrées à la Force aérienne russe qui devait soi-disant se développer. Cette décision n’avait pas beaucoup de sens car aucune des branches des forces armées russes n’avait les moyens financiers d’acheter de nouveaux équipements au tournant du siècle. Par exemple, la force aérienne, qui a seulement reçu son premier chasseur-bombardier Su-34 neuf fin 2006, n’a réussit qu’à moderniser quelques appareils chaque année après 1992. C’est pourquoi les généraux de l’Armée de l’air ne se préoccupaient que peu des unités d’hélicoptères.

Le Ka-50 a du faire face à d’autres problèmes après la réintégration car le Général Vladimir Mikhaïlov, alors commandant en chef de la force aérienne russe, préférait l’hélicoptère de combat Mil Mi-28 Havoc qui avait pourtant perdu la compétition face au Ka-50 en 1984. Ce choix était justifié par la grande amélioration de la manoeuvrabilité du Mi-28 vers 1999. L’hélicoptère avait également reçu un blindage renforcé, des armements plus puissants et avait été renommé Mi-28N Night Hunter, signifiant qu’il pouvait opérer de jour comme de nuit. Le Mi-28 avait été équipé de 16 missiles anti-chars guidés développés par le fameux bureau d’étude basé à Kolomna et capables de percer des blindages plus épais. A titre de comparaison, le Ka-50 emportait seulement 12 de ces missiles fournis par le bureau d’étude de Tula. La décision du Général Mykhaïlov en faveur du Mi-28N peut probablement être expliquée par le fait qu’avant d’aller à Moscou, il commandait une Armée aérienne à Rostov-sur-le-Don, la ville où Rostvertol fabriquait les hélicoptères Mi-8, Mi-17, Mi-24, Mi-26 et Mi-28N. Toutefois, ce ne sont que des suppositions car tout achat de nouveaux armements est décidé collectivement avec de nombreux experts.

Cependant, le Mi-28N est devenu, contre toute attente, plus populaire que le Ka-50. En décembre 2003, le Général Mykhaïlov a annoncé que le Mi-28N deviendrait le principal hélicoptère d’attaque russe et équiperait toutes les unités d’hélicoptères. Concernant l’avenir du Ka-50, Mykhaïlov a précisé qu’il serait seulement utilisé par les unités de forces spéciales.

Quinze ans plus tôt, quand les deux hélicoptères concurrents se battaient encore pour se faire une place au soleil, on avait demandé à Mark Vainberg, le responsable du projet Mi-28, quel modèle il préferait. Il avait répondu que c’était comme choisir entre son œil droit et son œil gauche car on devait garder les deux yeux ouverts au combat. Selon lui, la victoire au combat dépend de la capacité des généraux à utiliser prudemment leurs unités et les avantages de chaque système d’arme plus que des armes en elle-même, même s’il s’agit des plus perfectionnées. Contrairement au Mi-28N, qui est principalement conçu pour l’attaque de cibles terrestres, le Ka-50 peut détruire des hélicoptères et avions ennemis plus efficacement. Il n’existe aucune arme universelle car chaque système d’arme complète l’autre. Mais deux ou trois escadrilles de ces hélicoptères peuvent couvrir avec efficacité l’ensemble de l’avant du front. Des représentants de Rostvertol l’ont confirmé lors du dernier salon de Zhukovsky en disant qu’il serait inutile de comparer le Mi-28N et le Ka-50.

Le Ka-50 avait été adopté car le Mi-28 avait initialement rencontré de nombreux problèmes techniques. Mais la situation a désormais changé. Le Mi-28N semble être le meilleur hélicoptère d’attaque pour les missions d’appui aérien rapproché (CAS). Cependant, les Black Shark et Alligator sont parfaitement adaptés aux missions spéciales et de reconnaissance. De plus, le Mi-28N est le seul hélicoptère qui peut voler de 5 mètres au-dessus du sol (son fuselage peut encaisser des tirs directs de canons anti-aérien de type M-61 Vulcan américain et son cockpit est protégé contre les munitions de 12,7mm) à 3 500 mètres. Le Mi-28N dispose d’équipements interchangeables russes peu onéreux comme son système d’acquisition et de visée optique, TV et laser. Cet équipement est couplé avec les ordinateurs de bord et l’avionique. Vainberg avait probablement raison quand il a comparé les deux hélicoptères à deux yeux. Seules les généraux de haut rang peuvent choisir quel est le bon hélicoptère pour aujourd’hui et demain mais ils devraient être guidés par les intérêts de l’Etat en matière de défense et de sécurité à long terme plutôt que des considérations du moment. Il y a assez de place pour le Ka-50 et le Mi-28N dans le ciel.

Cependant, le coût des deux projets réunis est probablement trop important pour la Russie actuelle. Hormis les moteurs et quelques équipements électroniques et armements, ces hélicoptères manquent de pièces interchangeables. C’est un héritage de l’Union soviétique quand chaque société concurrente travaillait sur ses propres systèmes d’arme top secrets.

Les militaires russes sont censés définir les stratégies de défense et de sécurité à long terme. Ils devraient tout connaître de leurs ennemis potentiels, y compris les terroristes, barons de la drogue et armées régulières. Le Ka-50 et ses dérivés peuvent traiter les deux premières menaces avec efficacité. Les concepteurs du Mi-28N affirment que leur hélicoptère peut détruire avec efficacité des blindés ennemis de même que des lance-missiles à courte et moyenne portées. La presse n’a rien révélé des budgets classifiés alloués aux Mi-28N et Ka-50. A en juger par les fuites de sources compétentes, le Mi-28N a de plus grandes chances de succès que le Ka-50. Il a été décidé d’achever l’assemblage trois Ka-50 à l’usine Arsenyev de Progress où la production avait été lancée dans les années 1990. Yury Denisenko, le directeur général de Progress, a dit aux journalistes que sa société avait financer 30% du coût final. Ce qui permettra de former une unité d’hélicoptères de combat pour les missions anti-terroristes dans les montagnes. Le Vice premier ministre et Ministre de la défense Sergeï Ivanov a dit que le Ka-50 avait été inclus dans le programme d’armement étatique et que le Ministère de la défense achètera 12 Ka-50 d’ici 2015. Ce qui permet un certain optimisme. Les 12 Ka-50 ne représentent pas grand chose mais cela permettra au bureau d’étude Kamov et à l’usine Arsenyev de Progress de conserver des technologies et processus de production qui sont uniques. L’Allemagne et le Japon, qui ont été interdits de developer des armaments modernes après la seconde guerre mondiale, commencent à peine à fabriquer des chasseurs multirôle modernes bien que les voitures produites dans ces deux pays soient parmi les meilleures du monde. Les pays producteurs d’hélicoptères se comptent sur les doigts de la main. Heureusement, la Russie est parmi eux et cela grâce au Black Shark essentiellement.

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- Lire la deuxième partie

Article

> Mise à jour : septembre 2007
> Date de publication : septembre 2007
> Auteur : Viktor Litovkine.
> Initialement publié par RIA Novosti.


Le Ka-50 Black Shark (photo : RIA Novosti).