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Des MiG au sein de l’OTAN : entre réalité et solidarité

Un événement solennel et significatif a eu lieu le dernier jour de février à la base aérienne slovaque de Sliac. Une douzaine de chasseurs russes MiG-29AS (monoplaces) et MiG-29UBS (avions biplaces de combat et d’entraînement) ont été rendus à l’armée de l’air slovaque après avoir été profondément modernisés dans l’entreprise locale Letecke Opravovne Trencin (LOTN) sous la direction et avec la participation active des spécialistes moscovites du constructeur aéronautique russe RSK MiG. Ces avions performants ont été réceptionnés par le ministre slovaque de la Défense Jaroslav Baska et le général Lubomir Bulik, chef d’état-major général des forces armées slovaques. Ces deniers, de même que les pilotes des forces aériennes slovaques, ont été entièrement satisfaits du travail accompli. Ils ont assisté au vol de quelques avions qui ont su révéler d’excellentes qualités tactiques malgré des conditions météorologiques défavorables et un ciel couvert.

Il n’y aurait probablement aucun besoin de s’étendre sur cet épisode, s’il n’y avait tout de même un détail substantiel. La Slovaquie est membre de l’OTAN et la modernisation officielle d’avions de combat russes pour un pays membre de l’Alliance de l’Atlantique Nord sous la direction et avec la participation d’ingénieurs et de constructeurs russes a eu lieu pour la première fois dans l’histoire des rapports Russie-OTAN, ce qui est, sinon sensationnel, au moins, un événement qui sort de l’ordinaire. L’OTAN, organisation militaro-politique, n’aime pas particulièrement, pour ne pas dire plus, le matériel de guerre russe et recommande à ses nouveaux membres d’Europe de l’Est d’y renoncer le plus rapidement possible en le remplaçant par du matériel américain, français ou encore suédois, plus habituel pour Bruxelles, surtout quand il est question d’aviation. On peut dire que la Slovaquie a violé cette "tradition". Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, il s’agit de matériel bon marché. Un MiG-29 neuf coûte environ 25 à 30 millions de dollars, alors que le F-16 américain d’occasion que les Etats-Unis fournissent à la Pologne coûte 40 à 50 millions de dollars. La modernisation du MiG revient quant à elle entre 5 et 7 millions de dollars, en fonction du volume et de la complexité des travaux. D’ailleurs, concernant la Slovaquie, elle a été effectuée pour le compte du remboursement de la dette de la Russie. 74,2 millions de dollars ont ainsi été remboursés. C’est là un prix avantageux. Qui plus est, les performances combatives des appareils modernisés ont été considérablement améliorées et le délai de service garanti des avions a été prolongé de 20 à 30 ans. A présent, les MiG-29AS et les MiG-29UBS peuvent voler dans le ciel slovaque et partout où cela sera nécessaire pour le gouvernement de Bratislava jusqu’en 2030-2035 : 4.000 heures de vol sans réparations sérieuses. Mais il y a également d’autres raisons pour lesquelles la Slovaquie a préféré la modernisation à l’achat de nouveaux avions.

Les spécialistes de RSK MiG ont proposé à leurs partenaires slovaques des travaux de modernisation d’une excellente qualité et un lot d’appareillages radioélectroniques de bord assurant leur compatibilité totale avec les systèmes de navigation de l’OTAN.

Les MiG slovaques modernisés sont dotés de systèmes et d’appareils fabriqués par des firmes occidentales de tout premier plan et d’appareillages de fabrication purement russe : par exemple, un ordinateur de bord BCVM MVK-03, un indicateur plurifonctionnel couleur (MFI), un système d’enregistrement vidéo et d’autres équipements, dont l’énumération n’intéresse certainement que les spécialistes.

En principe, on peut comprendre la nécessité d’avoir un ordinateur russe à bord d’un chasseur otanien. Les MiG slovaques emploieront des missiles et des bombes de fabrication russe. Les forces aériennes slovaques disposent de stocks suffisamment importants, mais il est assez difficile d’assurer la compatibilité entre les systèmes de commande occidentaux et les armes russes. Par ailleurs, ce n’est pas nécessaire, s’il est possible d’utiliser des schémas efficaces éprouvés. Il en est autrement pour une pièce aussi sensible et délicate que le répondeur d’identification ami/ennemi. Les systèmes de reconnaissance de l’OTAN et de la Russie sont différents, c’est pourquoi il a fallu installer ces appareils à bord du MiG-29 modernisé de façon à ce que les spécialistes russes ne puissent pas avoir accès aux codes secrets de l’Alliance.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les secrets otaniens sont restés intacts. Les appareils de reconnaissance fabriqués aux Etats-Unis (le même système est installé sur les F-16 américains qui volent en Europe, ainsi que sur d’autres avions de combat de firmes occidentales) ont été facilement installés à bord du MiG-29 modernisé et les spécialistes de l’OTAN qui ont assisté au montage ont souligné qu’aucune fuite d’information concernant le système de reconnaissance adopté par l’Alliance n’avait eu lieu. Qui plus est, le système d’identification du MiG-29AS est entièrement automatisé, il reconnaît lui-même l’avion ennemi ou ami. En ce qui concerne le MiG-29UBS, il ne pourra recevoir que des informations provenant d’un radar terrestre, car il n’est doté que d’un appareil pouvant répondre à une demande émise par un autre avion ou au sol.

En faisant abstraction des MiG slovaques, il convient de constater que les spécialistes russes peuvent assurer une compatibilité totale, sans enfreindre la confidentialité otanienne, avec les exigences du système de reconnaissance adopté dans l’OTAN. En Grèce, pays qui fait partie de l’Alliance depuis longtemps, tout le système de DCA, à commencer par les systèmes portables de missiles Igla jusqu’aux systèmes de missiles de courte, moyenne et longue portées Tor-M1, Buk-M2 et S-300PMU1 "Favorit", est constitué de missiles russes, mais leur système automatique de reconnaissance comporte des codes de l’Alliance de l’Atlantique Nord. Il est intégré dans le matériel de guerre russe sans le moindre risque de voir les secrets militaires sensibles être dévoilés. C’est un argument de plus contre les hommes politiques et les généraux de Bruxelles et de Washington qui avancent toutes sortes de prétextes, et le plus souvent, l’incompatibilité technique et technologique, pour empêcher les livraisons de matériel de guerre russe en Occident. Il est parfaitement clair qu’il ne s’agit pas de barrières techniques, qui n’existent pas, mais d’un désir de promouvoir les intérêts économiques et financiers des firmes d’armements occidentales. Et dans ce contexte, les intérêts économiques et financiers de certains "petits" pays sont souvent négligés.

L’exemple du retour des MiG russes modernisés dans les forces armées de la Slovaquie, en d’autres termes, la percée des MiG-29 dans l’une des armées de l’OTAN, montre qu’il n’y a pas de règles sans exception. Les intérêts nationaux de certains pays de l’OTAN peuvent parfois être supérieurs à la "solidarité euro-atlantique" imposée, selon laquelle tous les membres de l’Alliance doivent exécuter sans objection n’importe quel ordre de Bruxelles ou de Washington. D’autre part, il s’agit de la démonstration des possibilités du complexe militaro-industriel russe qui peut assez facilement s’intégrer, du point de vue technique et technologique, dans des structures productives et militaires européennes à condition que certains Etats européens fassent preuve de volonté politique.

Les chasseurs MiG-29 équipent toujours certaines armées de pays de l’OTAN, comme la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne. Faire un choix entre la qualité et l’efficacité de leur modernisation, le tout pour des dépenses presque insignifiantes, et l’utilité politique est un réel problème qui se pose aux gouvernements de ces pays.

Article

> Mise à jour : mars 2008
> Date de publication : mars 2008
> Auteur : Nikita Petrov.
> Initialement publié par RIA Novosti.
> Photos : Ministère de la défense slovaque.


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