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Géorgie : combien de divisions ?

dimanche 31 août 2008, par Admin


Cet article exclusif de Redstars a pour but de faire la lumière sur les forces armées géorgiennes, leur organisation, leur état et leurs équipements avant le conflit avec la Russie et ce qu’il en reste aujourd’hui.

Ayant refusé d’intégrer la Communauté des États Indépendants (CEI) à son indépendance, la Géorgie a vu les troupes russes partir de son territoire avec la grande majorité des équipements qui y étaient stationnés. Les forces géorgiennes sont donc faiblement équipées mais leur modernisation est en cours depuis 1999-2000 avec l’aide de plusieurs pays de l’OTAN (États-Unis et Turquie en tête), d’Israël et de l’Ukraine à la fois pour des raisons commerciales et géostratégiques. Aujourd’hui, elles comprennent environ 27 000 hommes répartis entre l’armée de terre (16 500), la force aérienne (1400), la marine (700) et les organismes centraux. Lorsque le président Saakachvili est arrivé au pouvoir en 2004, il a renforcé l’effort de modernisation dans le cadre d’un programme global devant aboutir en 2015. Il s’agit notamment de professionnaliser totalement l’armée, d’adopter les doctrines et standards de l’OTAN, d’acquérir de nouveaux équipements ou de moderniser ceux en service, de recourir à l’aide étrangère pour mieux former les soldats après des résultats que peu convaincants dans les opérations militaires menées depuis le début des années 1990 dans les provinces séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud.

Armée de terre

L’Armée de terre se compose d’1 bataillon blindé indépendant, de 3 brigades d’infanterie à environ 3200 hommes chacune, de 2 bataillons d’infanterie indépendants, d’1 brigade d’artillerie, d’1 bataillon de défense antiaérienne et d’une brigade de forces spéciales. Une autre brigade d’infanterie ainsi qu’un bataillon du génie sont en cours de création tandis que la création d’ici 2009 d’un cinquième bataillon d’infanterie a été évoquée en 2007. A noter également que la réserve comprend 18 bataillons. Toutes ces unités sont de valeurs militaires différentes en fonction de leur composition (conscrits comme l’une des brigades d’infanterie, professionnels ou réservistes), de leur entraînement et de leur équipement. Les forces spéciales sont certainement à cet égard les meilleures unités géorgiennes. Les États-Unis (US Army et USMC) forment une partie de l’infanterie géorgienne depuis 2002 tandis que d’autres pays ont également participé à des actions de formation de certaines unités : Turquie et Israël pour les forces spéciales, Grande-Bretagne pour les réservistes, etc. Notons aussi que plusieurs unités d’infanterie géorgiennes et leur soutien ont été engagés en Irak pour soutenir l’allié américain dans sa guerre contre le terrorisme et gagner en expérience du combat. Ils ont été rapatriés en Géorgie par les avions de transport américains lorsque Moscou est entré en Ossétie du Sud.

L’armée de terre est majoritairement équipée de matériels d’origine soviétique bien qu’un effort de modernisation soit en cours. L’infanterie dispose encore de nombreux fusils d’assaut russes AK-74 bien que des M16 soient en cours d’introduction depuis début 2008 pour les remplacer. Les forces spéciales ont adopté le TAR-21 Tavor israélien. Des G-36 allemands ont également été aperçus au sein de certaines unités bien que l’Allemagne ait confirmé avoir refusé une demande d’exportation pour ces armes en 2005. Les armes d’appui sont elles aussi d’origine russe de même que les principaux missiles anti-chars en service. Si la Géorgie dispose bien d’au moins une centaine de missiles anti-chars russes AT-5, AT-4 et AT-3, l’utilisation de missiles anti-chars d’origine israélienne contre les chars russes a également été évoquée sans être confirmée. A noter aussi que la Géorgie possède des équipements de vision nocturne, un atout non négligeable sur les forces russes.

La composante blindée comprenait avant les combats environ 150 chars dont 56 T-55 ainsi que 80 à 100 T-72 achetés d’occasion en République Tchèque et en Ukraine depuis 2004. Certains ont été modernisés, notamment en matière d’optronique et de systèmes de vision nocturne. L’infanterie mécanisée et motorisée disposait d’environ 140 véhicules de combat d’infanterie à chenilles (65 BMP-2 et 77 BMP-1) ainsi que d’environ 130 véhicules de transport de troupes (72 MT-LB à chenilles ainsi que 33 BTR-80, 15 BTR-70 et 11 BTR-60 à roues). De même que les chars T-72, une partie des BMP et BTR a été fournie par l’Ukraine dans le cadre d’accords militaires entre les deux pays. La Géorgie disposait aussi d’au moins 15 blindés légers 4x4 Cobra achetés à la Turquie en 2007 pour les forces du Ministère de l’intérieur à priori.

L’artillerie géorgienne disposait quant à elle d’un nombre important de types de matériels différents mais en faibles quantités à chaque fois. Ce qui ne doit pas faciliter la logistique, la formation et leur utilisation. Il s’agit notamment de 15 automoteurs d’artillerie à chenilles d’origine russe (1 2S7 Pion de 203mm, 13 2S3 Akatsiya de 152mm et 1 2S19 MSTA-S de 152mm), de 12 automoteurs d’artillerie à roues Dana slovaques de 155mm, de 40 canons anti-chars MT-12 de 100mm et d’une centaine de canons tractés (11 2A65 MSTA-B et 3 2A36 Giatsint-B de 152mm ainsi que 50 à 100 D-30 de 122mm). S’y ajoutaient au moins une centaine de mortiers de différentes types de 60 à 120mm et des lance-roquettes multiples de 122mm BM-21 Grad russes (10) et RM-70 tchèques (6) ainsi qu’un nombre inconnu de Lynx en 160mm qui auraient été achetés récemment à Israël via un autre pays.

La Géorgie a probablement perdu ou abandonné au combat un nombre relativement important de ses matériels. La presse russe affirme ainsi, photos à l’appui, que l’Armée russe a capturé 65 chars T-72 (soit au moins la moitié du parc géorgien !), 15 véhicules de combat d’infanterie BMP-2 modernisés, des automoteurs d’artillerie Dana, des canons tractés D-30, des automoteurs d’artillerie à roues Dana, des 4x4 blindés Cobra et même des 4x4 HMMWV appartenant à l’USMC. Des centaines de fusils d’assaut américains M-16 et russes AK ont également été récupérés et détruits par la Russie. Mentionnons enfin la récupération le 26 août 2008 de 6 canons D-30 géorgiens dans les gorges de Kodori en Abkhazie.

Défense anti-aérienne

Depuis 2006, les systèmes de contrôle aérien civil et militaire avaient été intégrés et modernisés tandis que des radars de surveillance 36D6 (Tin Shield) avaient été achetés pour assurer la défense aérienne du territoire face à l’aviation russe qui est largement supérieure à l’aviation géorgienne. La défense anti-aérienne géorgienne comprenait essentiellement des systèmes sol-air à courte portée portables (de vieux SA-7 Grail mais aussi des SA-14 Gremlin et SA-16 Gimlet de 3 à 5 km de portée) ou sur véhicules (SA-9 Gaskin de 8 km de portée). Des SA-8 Gecko et SA-11 Gadfly à plus longue portée (respectivement 10 et 30 km) complètaient le tout. Ils avaient été achetés en Ukraine en 2006-07. Des SA-13 Gopher (15 km de portée) pourraient également avoir été acquis mais cela n’a pas été confirmé. Enfin, la Russie a accusé l’Ukraine d’avoir livré à la Géorgie un système à longue portée SA-5 Gammon / S-200 (jusqu’à 255 km) qui aurait abattu un avion de reconnaissance russe Tu-22MR. Cette livraison n’a pas été confirmée car l’Ukraine dément et les registres de l’ONU n’en portent pas trace. De plus, si la Géorgie possédait bien un site de SA-5 sur son territoire du temps de l’URSS, les russes sont partis avec et des photos satellites prouvent qu’il est aujourd’hui abandonné.

La défense anti-aérienne géorgienne s’est révélée relativement efficace pendant le conflit, abattant 4 appareils russes (3 Su-25 et 1 Tu-22M) et interdisant l’utilisation massive d’hélicoptères par la Russie en raison de la menace sol-air très courte portée. Il semblerait que Moscou ait mal évalué les capacités géorgiennes en ce domaine et n’ait pas prévu de campagne de suppression de ces défense anti-aériennes avant de lancer ses aéronefs d’attaque et de reconnaissance sur l’Ossétie et la Géorgie. Au moins 5 systèmes SA-8 abandonnés par les géorgiens auraient par contre été capturés par l’Armée russe.

Armée de l’air

L’Armée de l’air géorgienne ne dispose que de peu d’aéronefs bien qu’un rééquipement, notamment en hélicoptères, ait été lancé depuis 2004 par Saakachvili. Ses seuls avions de combat en service au moment du conflit avec la Russie étaient 8 Su-25 d’appui au sol dont 5 Su-25K et 1 Su-25KM "Scorpion" modernisés en collaboration avec Israël ainsi que 2 Su-25UB biplaces d’entrainement. Ils ne peuvent par contre pas assurer la défense aérienne du pays avec leurs seuls missiles air air à courte portée. Elle reste donc du ressort des unités équipées de missiles sol-air et de canons antiaériens. Quelques jets d’entraînement avancé L-39 et L-29 étaient aussi en service. L’acquisition de jets d’entrainement avancés tchèques L-159, qui sont aussi de véritables avions de combat léger, avait été envisagée mais il semblerait que la Géorgie ait décidé de se passer de sa composante à voilure fixe d’ici 2015 pour ne conserver qu’une composante héliportée sur laquelle portent tous les efforts. De vieux An-2 Colt étaient utilisés pour le transport.

La composante héliportée comprenait environ 10 hélicoptères de combat Mi-24, une quinzaine de Mi-8 de transport d’assaut, 8 UH-1H utilisés pour le transport et les liaisons et 2 Mi-14 probablement utilisés en surveillance côtière et sauvetage. Les UH-1H ont été fournis par la Turquie et les États-Unis (ainsi que la formation qui va avec) tandis que les Mi-8, Mi-14 et Mi-24 proviennent d’Ukraine pour ceux qui n’ont pas été hérités de l’ex-URSS.

L’un des atouts majeurs de l’Armée de l’air est par contre de disposer de drones Hermes 450 acquis en Israël depuis 2006 et largement utilisés pour la reconnaissance. La Russie et les forces d’Abkhazie et de Géorgie en ont détruit un certain nombre en vol préalablement au conflit d’août 2008 (voir notre article sur la "guerre des drones") et durant ce conflit.

Les Su-25 ont également été engagés dans des missions d’attaque, au moins au début du conflit. Un ou plusieurs appareils auraient pu être abattus par des missiles sol-air à très courte portée ossètes ou russes. Les An-2 semblent quant à eux avoir été détruits au sol par l’aviation russe mais la Géorgie aurait réussi à préserver la majeure partie de son aviation malgré les bombardements. Les russes n’ayant semble-t-il pas attaqué l’aéroport civil de Tbilissi et n’ayant pas de gros moyens de reconnaissance, les géorgiens ont peut-être pu cacher leurs aéronefs les plus précieux dans des hangars civils au plus fort des bombardements russes.

Marine

Créée en 1997, la Marine géorgienne était, avant le conflit et sa quasi destruction, une force embryonnaire dont la mission principale était d’assurer la surveillance de la zone économique exclusive avec les garde-côtes. Ses quelques navires de second rang étaient faiblement équipés pour d’autres types de missions même si la Marine géorgienne a pu participé à des entrainements avec l’OTAN et les Etats riverains de la Mer noire dont la Russie (au sein de la Blackseafor). Il faut dire que les menaces pour la Géorgie étaient avant tout terrestres et aériennes, rendant le développement de la Marine peu prioritaire. La Turquie, les États-Unis et quelques pays européens (Allemagne et Grèce) ont parfois assisté la Marine et les Garde-côtes géorgiens en matière de formation.

De manière plus détaillée, la Marine géorgienne et les Garde-côtes géorgiens disposaient de 2 patrouilleurs lance-missiles (voir détails ci-dessous), de 14 autres patrouilleurs (fournis par la Turquie, l’Allemagne, les États-Unis ou l’Ukraine, ils ne sont armés que de canons de moyen/petit calibres au maximum), d’un petit chaland de débarquement et de quelques vedettes.

Les deux principaux bâtiments de la Marine géorgienne étaient les patrouilleur lance-missiles "Tbilissi" et "Dioscuria". Le premier, de type Matka (Projet 206MP), a été cédé en 1999 par l’Ukraine. Il était armé de 2 missiles anti-navires SS-N-2C Styx (84 km de portée), d’un canon de 76mm, d’un canon multitube de 30mm et d’un système antiaérien SA-N-5 (4 missiles surface-air à courte portée - 6 km). Le second, de type "Combattante II" français, a été transféré par la Grèce en 2004 pour devenir le navire amiral de la Marine géorgienne. Il était armé de 4 missiles anti-navires MM-38 (42 km de portée), de deux canons bitubes de 35mm et de 2 tubes lances torpilles de 533mm.

La Marine géorgienne a été largement détruite par les forces russes au mois d’août 2008 lors d’un combat naval (perte d’un patrouilleur sur trois navires tentant d’attaquer le groupe naval russe au large des côtes géorgiennes) et après la prise du port de Poti par les troupes russes. De nombreux navires de la Marine et des garde-côtes y ont été sabotés dont le "Tbilissi" et le "Dioscuria". Redstars reviendra plus en détails sur ces événements dans un autre article.

Quel avenir ?

Les pays occidentaux, Etats-Unis et Allemagne en tête, l’ont annoncé au coeur même du conflit : rien n’empêchera la Géorgie de rejoindre l’OTAN. Une fois la situation stabilisée entre la Russie et la Géorgie, il est donc fortement probable que le rééquipement des forces armées géorgiennes reprendra et que leur modernisation se poursuivra, voire s’accélérera, en vue de l’adhésion à l’OTAN. Elles pourront compter pour cela sur leur expérience au combat et l’aide d’alliés, notamment les Etats-Unis qui n’ont pu intervenir assez tôt pour aider Tbilissi mais qui voudront certainement se rattraper. Il sera par contre intéressant de voir si Israël poursuivra son aide à la Géorgie au risque de voir Moscou répliquer en livrant des armes à l’Iran et à la Syrie...

Il est fort à parier que les effectifs pourraient également être revus à la hausse avec la création de nouvelles brigades tandis que la Marine serait à recréer avec des patrouilleurs ou corvettes lance-missiles modernes capables de réellement dissuader Moscou de tout nouveau blocage naval. La défense anti-aèrienne géorgienne, forte de ses succès, devrait également être renforcée et modernisée. On verra enfin si la Géorgie peut se payer des chasseurs pour son aviation avec l’aide de quelques pays occidentaux. A suivre...

Portfolio

Soldats géorgiens Forces spéciales géorgiennes T-72 géorgien Cobra Dana BMP-2 Lance-roquettes multiples géorgiens Igla Su-25KM Tbilissi Garde-côtes

P.-S.

> Auteur : Redstars.

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