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"Stabilite 2008" ou la démonstration de force de la Russie

"Stabilité 2008"

Les forces armées russes ont organisé du 22 septembre au 21 octobre 2008 un grand exercice intitulé "Stabilité 2008" qui n’est pas sans rappeler certains grands exercices et démonstrations de force de la guerre froide. Ce serait d’ailleurs le plus important exercice réalisé en Russie depuis 20 ans.

Stabilité 2008 était en fait un ensemble d’exercices comprenant par exemple les exercices "Dvina" dans le nord de la Russie et "Bereg" en Extrême-Orient russe. Selon le ministère russe de la défense, il visait à entraîner les militaires à se déployer et à réaliser différents types d’opérations face à une menace graduelle de la lutte anti-terroriste au combat de haute intensité et à la guerre nucléaire en passant par la lutte contre les catastrophes naturelles et technologiques ! Stabilité 2008 impliquait en effet tous les acteurs russes de la défense et de la sécurité dont les ministères de la défense bien sûr mais aussi ceux de l’intérieur, des situations d’urgence, des transports et de la justice ainsi que les services pénitentiaires et le FSB. La Biélorussie, allié proche de Moscou, était également impliquée. Côté purement militaire, les forces russes engagées comprenaient les forces nucléaires stratégiques, les forces spatiales ainsi que les armées de l’air, de mer et de terre des districts militaires de Moscou et d’Extrême-Orient sans oublier les Flottes de la Baltique, du Nord et du Pacifique.

Après les tensions OTAN / Russie suite à l’installation d’éléments du système anti-missile américain en Europe et au récent conflit en Géorgie, on se doute bien que les phases de guerre totale et de dissuasion nucléaire de l’exercice "Stabilité 2008" étaient une forme de message vers l’OTAN et plus largement tout agresseur potentiel. La Russie veut également montrer son retour en force sur la scène internationale qui passe par une armée plus forte et modernisée. Les réformes ont été lancées à cet effet et Moscou a bien exploité "Stabilité 2008" médiatiquement avec un président russe assistant à toutes les phases majeures, des journalistes invités à les filmer et des annonces de "records" réalisés par les forces russes ou de nouveaux programmes comme le lancement de la construction de plusieurs porte-aéronefs.

Dissuasion

Moscou a entrainé dans l’exercice "Stabilité 2008" l’ensemble des composantes de sa triade nucléaire qui constitue toujours l’élément central de sa politique de défense. L’outil de dissuasion russe est même en pleine modernisation avec l’arrivée de quelques bombardiers stratégiques Tu-160 supplémentaires, de 8 nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la classe Borei d’ici 2015 et du nouveau missile balistique terrestre RS-24, qui serait un dérivé à charge mirvée du SS-27 Topol, en 2009. L’exercice "Stabilité 2008" était donc l’occasion de prouver aux yeux du monde que la dissuasion nucléaire russe fonctionne bien tout en annonçant sa modernisation pour contrer les systèmes anti-missiles américains si besoin était.

"Plus d’un tiers" des bombardiers stratégiques Tu-95MS et Tu-160 de la 37ème Armée aérienne auraient ainsi participé à l’exercice Stabilité 2008. Certains d’entre eux auraient même reçu pour l’occasion leur dotation maximale de missiles de croisière qu’ils auraient tiré. Moscou a indiqué que cette opération couteuse était sans précédent depuis 1984 pour les Tu-95MS et n’avait même jamais été réalisée pour les Tu-160. Notons qu’ils peuvent respectivement emporter jusqu’à 6 et 12 missiles de croisière nucléaires Kh-55 (AS-15 Kent). Le blog Russian Navy Blog précise que le 12 octobre 2008, l’exercice a impliqué 12 Tu-95MS et Tu-160 décollant depuis la région de Saratov accompagnés par 30 autres aéronefs dont des chasseurs Mig-31 et Su-27, des ravitailleurs Il-78 et des avions radars A-50.

La composante navale n’était pas en reste avec le tir d’un missile balistique naval R-29RM Sineva en mer de Barents depuis le sous-marin nucléaire lanceur d’engins K-114 "Tula" de la Flotte du Nord (classe Delta IV / Projet 667BDRM) le 11 octobre 2008 sous les yeux du président russe Dmitri Medvedev puis les tirs croisés de deux autres missiles par des SNLE en plongée le 12 octobre 2008. Le missile du Tula a bien atteint sa cible dans la Pacifique située à une distance de 11 547 km selon le Kremlin. La Marine russe a insisté sur le fait que la cible se trouvait non pas sur le polygone d’essais de Kura habituellement utilisé dans le Kamtchatka mais dans la partie équatoriale du Pacifique et sur la portée atteinte qualifiée de record ! Les deux autres tirs ont été réalisés en Mer d’Okhotsk par le SNLE K-506 Zelenograd, un Delta III (Projet 667BDR) de la Flotte du Pacifique, et en Mer de Barents par le K-84 Ekaterinbourg, un autre Delta IV de la Flotte du Nord. Leurs cibles respectives sur les polygones d’essais de Tchija (nord de la Russie) et Kura (Extrême-orient) auraient bien été atteintes d’après la marine.

Enfin, la composante terrestre (Troupes de fusées stratégiques ou RSVN) s’est illustrée par le tir, également suivi par Dmitri Medvedev, le 12 octobre 2008 d’un missile balistique RS-12M Topol (SS-25) depuis le cosmodrome de Plessetsk au nord-est de Moscou. Selon le commandant des RVSN, le Général Nikolaï Solovtsov, le tir avait pour objectif de tester ce missile resté opérationnel pendant 21 ans et de prolonger ainsi la durée de vie des autres Topol.

Opérations aéronavales

Autre symbole de puissance impliqué dans cet exercice : le porte-aéronefs russe Amiral Kouznetsov. Après une dizaine d’années d’activité "fébrile", le seul porte-aéronefs russe est de retour sur le devant de la scène comme élément majeur de démonstration de force de la Russie. Il a d’ailleurs effectué fin 2007 une croisière en Méditerranée et participe désormais à tous les exercices majeurs de la Flotte du nord. Il devrait à l’avenir être déployé de plus en plus souvent sur les mers et océans de la planète. Lors de "Stabilité 2008" (plus exactement de l’exercice "Dvina" au nord de la Russie), le Kouznetsov était déployé avec ses aéronefs embarqués Su-33 et Su-25UTG en Mer de Barents et le président russe Dmitri Medvedev s’est même rendu à bord le 11 octobre 2008 accompagné par le ministre russe de la défense Anatoli Serdioukov et le commandant en chef de la marine, l’Amiral Vladimir Vyssotski. Outre le Kounetsov et ses 1000 hommes d’équipage, l’exercice "Dvina" engageait plus de 4000 hommes, 8 bâtiments de surface, 5 sous-marins, 11 avions (les Su-25UTG et Su-33 du Kuznetsov et des Tu-142 et Il-38 de patrouille maritime et de lutte anti sous-marine) ainsi que des hélicoptères Ka-27 et Mi-8 de la Flotte du nord.

Dmitri Medvedev a profité de son passage à bord du Kouznetsov pour annoncer officiellement l’élaboration prochaine "d’un programme de renaissance des navires porte-aéronefs" qui désignera les usines retenues pour les construire "dans un ou deux ans". On savait que la Russie envisageait la construction d’un ou plusieurs porte-aéronefs fréquemment demandée par la marine mais c’est la première fois que le président russe le confirme tout en donnant une date approximative. Ce plan s’il aboutissait enfin donnerait à la Russie les moyens de ses ambitions internationales actuelles. Reste à voir si la Russie pourra mobiliser les ressources nécessaires pour construire ces bâtiments tout en modernisant le reste de sa flotte sous-marine et de surface...

La marine et les forces aériennes russes (dont les 11ème et 16ème armées aériennes ainsi que le 32ème corps de défense aérienne) ont également pris part à d’autres exercices, notamment en Extrême-Orient russe dans le cadre de l’exercice Bereg du 29 septembre au 5 octobre 2008. L’objectif de cet exercice était notamment d’assurer la sécurité des infrastructures de l’île de Sakhaline contre d’éventuels attentats terroristes ainsi que celle du transport maritime. Du 6 au 12 octobre, la force aérienne russe a poursuivi ses exercices dans cette zone avec une durée totale des vols qui aurait dépassé 300 heures permettant notamment aux jeunes équipages d’acquérir une expérience des manœuvres stratégiques de grande envergure et aux équipages aguerris de confirmer leurs capacités. Les exercices comprenaient des bombardements, des missions de guet aérien, des vols au-dessus de la mer du Japon, des ravitaillements en vol et des tirs de missiles de croisière. Notons qu’à cette occasion, deux bombardiers Tu-22M3 russes ont été interceptés par 6 chasseurs F-15 japonnais !

L’aspect logistique n’était pas oublié avec le déploiement d’avions de transport Il-76 et An-12 dans le grand nord afin d’entrainer leurs équipages aux conditions climatiques difficiles de cette zone d’opérations.

Quid des opérations terrestres ?

Peu d’informations ont été publiées sur les forces terrestres impliquées dans l’exercice "Stabilité 2008" hormis quelques photos officielles. Elles ont pourtant été au cœur du conflit contre la Géorgie avec l’aviation mais elles ont besoin d’être fortement modernisées si l’on s’en réfère justement aux vieux chars T-62 et blindés BMP-1 aperçus en Géorgie.

La faible médiatisation des opérations terrestres de "Stabilité 2008" laisse donc entrevoir clairement le destinataire du message : l’OTAN qui ne saurait être impressionnée par les forces terrestres russes dans leur état actuel mais a plus à s’inquiéter des forces nucléaires et du regain d’activité des navires et avions russes en Russie et, de plus en plus, dans le monde...

Article

> Mise à jour : novembre 2008
> Date de publication : novembre 2008
> Auteur : Redstars.


Le président russe Dmitri Medvedev observe les manœuvres "Stabilité 2008" à bord du porte-aéronefs Amiral Kouznetsov.


Tir d’un missile balistique naval depuis un SNLE russe.


Un Su-25UTG décolle du kouznetsov lors de "Dvina".


SNLE russe


Tirs de lance-roquettes multiples russes


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