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Le sous-marin nucléaire russe K-152 Nerpa débute ses essais avec 20 morts

Un accident à bord du sous-marin nucléaire d’attaque russe K-152 Nerpa a fait 20 morts (3 militaires et 17 civils) ainsi que 21 blessés le 8 novembre 2008 en mer du Japon. Construit par le chantier naval Amour en Extrême-Orient russe, le Nerpa avait entamé ses essais à la mer le 26 octobre 2008. Il s’agit du dernier SNA de la classe Akula I (Projet 971M Shchuka-B). Selon des rumeurs persistantes relayées par la presse indienne mais non confirmées par les deux parties, le Nerpa devait être loué à l’Inde pour 10 ans sous le nom "INS Chakra". Il devait être mis en service en Inde le 15 août 2009 selon Jane’s qui précise que la date sera reportée de quelques mois suite à l’accident.

L’accident a été provoqué par le déclenchement en plongée du système anti-incendie à base de gaz fréon dans les premier et second compartiments (le second compartiment correspond au poste de commandement). Ce gaz extrêmement toxique est normalement utilisé pour éteindre les incendies majeurs mais a pour inconvénient de priver d’oxygène les sous-mariniers et d’endommager tous les systèmes du compartiment. En cas d’utilisation de ce système, les sous-mariniers doivent mettre immédiatement leur masque à gaz. Sachant que 208 personnes étaient présentes à bord du Nerpa au moment de l’accident (alors que l’équipage normal est de 73 hommes), il se pourrait que tous n’aient pas pu avoir accès à un masque à gaz à temps. D’autant plus que sur les 208 hommes, 81 seulement étaient des militaires et 127 des civils probablement pas habitués aux procédures d’urgence. On ne sait pas si des sous-mariniers indiens étaient présents à bord. La presse indienne avait en effet évoqué l’envoi de sous-mariniers indiens à Vladivostok pour embarquer à bord du Nerpa mais aucun d’entre eux ne figurerait sur la liste des victimes. Jane’s indique de son côté que la formation de 40 sous-mariniers russes à bord du Nerpa a été reportée.

Après avoir ventilé les compartiments concernés et évacué les blessés les plus graves par hélicoptère et les autres à bord du destroyer lance-missiles Amiral Tributs et du navire de sauvetage Sayany dépêchés sur place, le Nerpa a regagné le port de Vladivostok par ses propres moyens. La marine russe a immédiatement communiqué sur l’accident et indiqué que le réacteur nucléaire n’était en aucun cas en cause. Une enquête a été lancée au plus haut niveau.

Elle a rapidement mis hors de cause le système anti-incendie fabriqué par la firme NPO Avrora qui avait d’ailleurs un représentant à bord du Nerpa au moment de l’accident. Selon les enquêteurs, le système ne peut être déclenché automatiquement et fonctionnait normalement. Par contre, le jeune sous-marinier Dmitry Grobov a été accusé d’avoir déclenché le système sans ordre et sans raison. Il a été emmené pour interrogatoire le 11 novembre (soit 3 jours après l’incident) et n’est pas réapparu depuis. Il aurait reconnu les faits et risque 7 ans de prison pour "négligence ayant entrainé la mort".

Les commentaires sur les causes de l’accident ne manquent pas sur Internet et les premiers résultats de l’enquête sont parfois mis en doute.

Pour aller dans le sens de la version officielle, le système anti-incendie équipe de nombreux autres sous-marins russes et n’a semble-t-il jamais connu de dysfonctionnement. RIA Novosti précise que le seul accident de ce genre daterait de février 1976 à bord du sous-marin K-77. Le système avait alors été déclenché involontairement lors de l’entretien du sous-marin en raison d’une erreur de marquage sur la vanne correspondante. Des schémas explicatifs publiés sur Internet indiquent en outre que le système de NPO Avrora ne peut être déclenché que manuellement de 3 façons : depuis une console du poste de commandement, depuis la console du chef de compartiment ou encore en ouvrant les vannes directement sur les réservoirs de fréon (chaque compartiment dispose d’un réservoir mais peut aussi être alimenté par ceux des 2 compartiments voisins). Ce qui implique nécessairement une intervention humaine.

Par contre, les ingénieurs qui ont construit le sous-marin ont indiqué que le système d’Avrora était trop complexe pour être déclenché par erreur par un membre d’équipage (il faut actionner plusieurs boutons et confirmer l’ordre) . De plus, un officier du Nerpa a déclaré ne pas croire qu’il soit coupable et craint qu’il ait du faire des aveux sous la pression.

D’autres informations non confirmées indiquent même que le Nerpa disposait d’une nouvelle version plus automatisée du système ! Le Nerpa semble en effet disposer de nouveaux systèmes par rapport à ses prédecesseurs. Son constructeur indique que ses systèmes de navigation, sonars et hydrauliques sont "plus sophistiqués que les autres Akula". Mais qu’en est-il exactement du système anti-incendie ?

Enfin, d’autres s’interrogent sur la responsabilité de la marine russe et du chantier naval Amour. Les essais du Nerpa auraient en effet débuté avant son achèvement pour satisfaire le client indien déjà échaudé par les retards d’autres livraisons comme celle de l’ex porte-aéronefs Amiral Gorshkov qui accuse plusieurs années de retard. Le lancement de bâtiments inachevés pour des raisons politiques ne serait d’ailleurs pas une première en Russie. Le chef d’Etat-major des forces armées russes, le Général Makarov, a même annoncé avoir déjà approuvé la mise en service du Nerpa dans la marine russe malgré l’accident ! Des rumeurs avaient aussi déjà circulé sur le lancement précoce du sous-marin nucléaire lanceur d’engins Yuri Dolgorukiy (Projet 955 Boreï) pour satisfaire le Kremlin, heureusement sans accident pour le moment... Ajoutons que le chantier naval de l’Amour n’a pas construit de sous-marin depuis de nombreuses années et fait certainement face, comme l’ensemble de l’industrie de défense russe, à des difficultés de financement, de production et de recrutement de techniciens qualifiés. D’ailleurs, le chantier de l’Amour avait récemment du faire appel à des personnels du chantier naval Sevmash pour le Nerpa. Un cumul d’éléments qui a pu conduire à des erreurs et à l’accident. D’autant plus que le Nerpa n’est pas un sous-marin entièrement neuf puisqu’il a été mis sur cale en 1986 !

Quoi qu’il en soit, les chantiers navals de Komsomolsk-sur-Amour ont annoncé le 13 novembre leur intention de poursuivre les essais du Nerpa à l’issue de l’enquête et des expertises techniques. Ils seront assurés par la même équipe car il est impossible de la remplacer, sa formation ayant pris 2 ans.

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> Mise à jour : novembre 2008
> Date de publication : novembre 2008
> Auteur : redstars.


Le sous-marin nucléaire d’attaque K-152 Nerpa (photo : Life.ru)


Schéma du système anti-incendie de NPO Avrora : les réservoirs (C) de chaque compartiment (ici I, II et III) sont contrôlés soit par la console du chef de compartiment (B) soit par un officier du poste de commandement (A). Il est également possible d’ouvrir les vannes directement sur les réservoirs (C).