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Le futur "BPC" russe sera français ?!

La Marine russe ne possède plus de gros navire amphibie de débarquement depuis le retrait du service des Ivan Rogov (Projet 1174) dans les années 1990-2000. Pourtant, le besoin pour ce type de navire s’est fait ressentir lors de la guerre contre la Géorgie en 2008 où il aurait permis de débarquer rapidement des forces conséquentes d’Infanterie de Marine tout en les appuyant avec ses hélicoptères embarqués. Moscou, qui souhaite également réaffirmer sa présence navale sur tous les océans du globe, a donc lancé un programme d’acquisition de nouveaux bâtiments amphibies.

Les chantiers navals russes n’ayant pas la capacité d’en produire, la Marine russe s’est tournée vers les designs étrangers les plus modernes, à commencer par le "Bâtiment de Projection et de Commandement" de type Mistral de la marine française. Moscou a fait part pour la première fois de son intérêt pour le BPC construit par DCNS au salon Euronaval 2008. Depuis, les discussions se poursuivent pour l’achat en gré à gré de jusqu’à 4 exemplaires (2 pour la Flotte russe du Nord et 2 pour la Flotte du Pacifique) dont au moins un exemplaire serait construit en France par STX à Saint-Nazaire et le reste en Russie grâce à un transfert de technologies. Après avoir mesuré l’importance de ce contrat, tant au plan stratégique qu’économique, le gouvernement français a donné son accord à DCNS. Le BPC "Mistral" s’est même rendu en Russie en novembre 2009, permettant aux russes d’y faire apponter pour essais leurs hélicoptères Ka-27, Ka-32 et Ka-52. Les négociations seraient désormais bien avancées mais n’ont pas encore abouti à la signature d’un contrat. Plusieurs obstacles ont déjà été franchis : critiques de certains pays de l’OTAN, de la Géorgie qui se sentait directement menacée, de certains amiraux et politiques russes peu enclins à acheter es armements à l’étranger et de certains industriels russes de peur de perdre leurs marchés jusqu’à présent captifs... De plus, même si la Russie semble avoir opté pour le BPC français comme elle l’affirme régulièrement, elle n’hésite cependant pas à faire jouer la concurrence avec l’espagnol Navantia et le néerlandais Schelde pour obtenir les meilleures conditions et prix de DCNS et de l’Etat français. L’italien Fincantieri et l’Allemand TKMS pourraient aussi jouer les outsiders. L’un des éléments problématique serait la demande russe pour acquérir également l’armement et les systèmes de combat des BPC français... Ce que l’Élysée ne semblerait pas prêt à accorder pour le moment, certainement pour des raisons politiques (vis à vis de l’OTAN et de la Géorgie) mais aussi et surtout de sécurité nationale. Les transferts de technologies liés au bâtiment en lui-même sont moins problématiques car il est construit aux normes civiles pour des raisons de coût et de rapidité de construction. Certains experts s’interrogent par contre sur le budget russe affecté à ce projet sachant que chaque navire coûterait environ 400 M€.

Si le BPC "Mistral" français fait 21 500 tonnes de déplacement, on ne connait en revanche pas la variante intéressant Moscou car DNCS propose toute une famille de 14 000 à 25 000 tonnes. Il est néanmoins peu probable que Moscou s’intéresse à une variante plus légère que le Mistral. Sur le plan technico-opérationnel, il s’agit de navires de débarquement amphibies pouvant transporter jusqu’à 1200 hommes (et plus sur de courtes durées) et 120 véhicules dont des chars (Leclerc pour la France ; T-72, T-80 et bientôt T-90 pour l’Infanterie de marine russe). Un radier permet d’embarquer jusqu’à 4 chalands ou 2 engins amphibies américains sur coussins d’airs LCAC pour plager hommes et véhicules. La compatibilité des engins de débarquement russes avec le Mistral reste à vérifier. Un hangar permet aussi d’abriter jusqu’à 16 hélicoptères de transport et de combat qui peuvent utiliser 6 spots pour des décollages simultanés. Le BPC Mistral embarque notamment des Tigre, Puma et NH-90 tandis que sa variante russe pourrait embarquer des hélicoptères anti sous-marins Ka-27/28, de transport d’assaut Ka-29 et ou Mi-8/17, de gué aérien Ka-31 et de combat Ka-50/52 (qui serait apparemment privilégié au Mi-28N). Le BPC est en outre doté d’installations de commandement et médicales importantes lui permettant de servir de poste de commandement, de moyen de secours et assistance lors de catastrophes humanitaires ou d’évacuation de ressortissants, etc. La France l’utilise aussi comme navire école pour former ses futurs officiers. La demande russe d’acquérir un BPC avec ses armements est plus surprenante car le Mistral est faiblement armé (le projet de le doter de missiles sol-air moyenne portée Mica VL a été abandonné faute de budget) alors que la Russie dispose généralement de bâtiments fortement armés. L’intérêt pour le système de combat SENIT 9 du Mistral (dérivé de celui du porte-avion Charles de Gaulle) est par contre bien compréhensible du point de vue russe vu le retard de l’industrie locale dans ce domaine.

Dans tous les cas, l’acquisition à l’étranger d’un matériel majeur comme le BPC serait une première pour la Russie même si l’URSS faisait construire des navires de débarquement en Pologne. D’autant plus que la France est membre de l’OTAN ! Ce revirement (forcé) de la politique d’acquisition russe pourrait aussi renforcer la relation stratégique franco-russe qui date de longue date et aider la Russie à devenir un acteur (plus) responsable sur la scène internationale. A suivre...

BPC
DIMENSIONS
Longueur 199 m (Mistral)
Largeur 32 m (Mistral)
Tirant d’eau 6,2 m (Mistral)
MASSES
déplacement 14 000 à 25 000 t
PERFORMANCES
vitesse maxi 19 noeuds
distance franchissable 11 000 miles à 15 nds
autonomie n.c.
MOTORISATION
type 4 diesels Wärtsilä + 2 pods Mermaid
puissance 19 000 ch
ARMEMENTS
surface air 2 systèmes Simbad à 2 missiles sol-air courte portée Mistral chacun
canons 2 canons de 30 mm, 4 mitrailleuses de 12,7 mm
CAPACITE
hélicoptères jusqu’à 16
équipage 750 à 1200 hommes
radier 1 à 2 engins amphibies LCAC ou 4 chalands LCU
cargo 70 à 120 véhicules (70 véhicules dont 13 chars Leclerc pour le Mistral)
PC modulaire 850 m2 (Mistral)
Hôpital 850 m2 / 69 lits (Mistral)

Article

> Mise à jour : août 2010
> Date de publication : juillet 2010
> Auteur : redstars.


Le futur BPC russe ?


BPC français


Un LCM sort du radier d’un BPC.


BPC (photo : DCNS)


Essai d’appontage d’un hélicoptère d’attaque Ka-52 russe sur le pont du BPC Mistral français en 2009.


Le BPC Mistral à quai à Saint-Petersbourg en novembre 2009.