Mi-28 Havoc

Mi-28 profil {JPG}

Historique

En 1976, l’URSS lance une compétition entre les bureaux d’études Kamov et Mil pour un hélicoptère de combat plus léger et maniable que le, certes redoutable mais lourd, Mi-24. L’idée est clairement d’apporter une réponse soviétique au nouveau AH-64A Apache américain. Si Kamov propose une solution originale et innovante, le Ka-50, Mil propose le Mi-28 dont l’architecture générique est inspirée de celle de l’Apache. Quatre prototypes seront réalisés (2 Mi-28 et 2 Mi-28A améliorés). Le cockpit 2 hommes est en tandem : pilote à l’arrière et tireur devant. La configuration finale retiendra un rotor principal à 5 pales et un rotor de queue à 4 pales. Deux turbines Klimov TV3-117VMA développant 2 194 cv chacune sont installées dans des carénages en position haute. Le Mi-28 retient par ailleurs quelques caractéristiques héritées du Mi-24 comme la possibilité d’embarquer deux ou trois personnes dans un petit espace en cas d’urgence (le Mi-24 disposait quant à lui d’un vrai espace de transport de personnels) et une forte protection grâce à des blindages. L’armement du Mi-28A comprend un canon 2A42 de 30 mm en tourelle sous le nez. Le canon est identique à celui du véhicule de combat d’infanterie BMP-2 pour standardiser la logistique des armes et munitions sur le champ de bataille. Des missiles anti-chars, des missiles air-air et des armements air-surface non guidés variés (roquettes, pods canons, disperseur de mines, etc.) complètent le tout. L’optronique du Mi-28A est par contre uniquement dédiée au combat diurne tel que spécifié par les autorités russes. Le premier prototype du Mi-28 Havoc effectue son premier vol en décembre 1982 avant une campagne d’essais comparatifs avec le Ka-50 en 1985-86. Ce dernier sera finalement retenu fin 1987 au détriment du Mi-28A.

Mais Mil poursuivra sur fonds propres le développement du Mi-28 jusque dans les années 1990 avec l’idée de proposer une version plus moderne qui soit notamment apte au combat nocturne et tout temps : le Mi-28N "Night Hunter". Les besoins opérationnels russes ayant évolués dans le même temps vers un hélicoptère apte au combat nocturne, le premier prototype du Mi-28N sort d’usine en 1995 et effectue son premier vol en avril 1997. Il est alors en concurrence avec le Ka-52 de Kamov mais le ministère russe de la défense choisira en 2003-2004 de commander les deux hélicoptères : le Mi-28N pour remplacer les Mi-24 d’attaque / appui rapproché et le Ka-52 pour équiper les forces spéciales ! Les essais étatiques du Mi-28N impliqueront 2 prototypes et 7 Mi-28N de pré-série. Le second prototype a effectué son premier vol en mars 2004 tandis que les 7 pré-série ont été livrés entre mai 2006 et mi-2007 dans le cadre de 2 contrats signés en décembre 2005 et 2006. Les essais dureront jusqu’en décembre 2008 pour la partie technique et mi-2009 pour la partie opérationnelle. La décision de lancer la production de série aurait été prise en septembre 2007 suivie de la livraison des 4 premiers début 2008.

Contrairement au Mi-28A, le Mi-28N dispose d’une avionique intégrée BREO-28N avec un cockpit tout écran (3 LCD multifonction pour chaque membre d’équipage) compatible avec l’utilisation de jumelles de vision nocturne. L’utilisation de viseurs de casques est aussi prévue dans le futur. Le nez du Mi-28N accueille 3 systèmes de guidage, navigation et visée tout temps. Le carénage noir en bout de nez accueille le système de guidage radio du missile anti-char 9M120 Ataka-V (AT-12). Juste en-dessous, une boule optronique à 2 voies (IR et TV) est utilisée pour la navigation : la GOES-520 d’UOMZ. Vient enfin en bas le système de visée OPS-28 Tor à 3 voies : optique directe, TV (grossissement x20) et IR (x3 et x8) plus un télémètre laser. Il est intégré dans un carénage gyrostabilisé sur 2 axes et rotatif sur 110° de chaque côté de l’axe central + 13° vers le haut et 40° vers le bas. S’ajoutera dans le futur le radar millimétrique de mat N025 (en bande X/Ka) de GRPZ pour assurer une capacité de surveillance 360°. A noter enfin que le Mi-28N dispose de capacités de suivi automatique de terrain et d’une liaison de données.

La protection du Mi-28N est assurée par une suite intégrée comprenant des lance-leurres IR / EM, le détecteur d’alerte radar L150 Pastel, le détecteur d’alerte missiles L138 Mak et le détecteur d’alerte laser L140 Otklik. Des réducteurs de signature thermique d’un facteur 2,2 équipent en outre les sorties moteurs pour augmenter la discrétion. En dernier recours, le Mi-28N dispose d’un ensemble assez perfectionné de protections : blindages des zones sensibles (le rotor principal résisterait à un impact de 30 mm) et du compartiment équipage, réservoirs de carburant auto-obturants, transmission capable de fonctionner sans huile durant 20 à 30 minutes, sièges absorbateurs de chocs Zvezda Pamir-K, train renforcé ainsi qu’un système d’éjection des portes du cockpit et des pales pour permettre à l’équipage de sauter en parachute (efficace au-dessus de 100 mètres d’altitude seulement).

L’armement du Mi-28N comprend un canon 2A42 de 30 mm identique à celui du véhicule de combat d’infanterie BMP-2 pour standardiser la logistique des armes et munitions sur le champ de bataille. Il est aussi très robuste et fiable mais assez lourd. Le canon est intégré dans une tourelle NPPU-28 sous le nez qui est orientable selon les mêmes degrés que l’optronique OPS-28 (voir supra). A terme, elle pourra être asservie aux futurs viseurs de casques. La cadence de tir maxi est de 900 coups par minute et la réserve de munitions de 250 coups. Le Mi-28N peut aussi emporter et tirer jusqu’à 16 missiles anti-chars 9M120V Ataka-V de 5,8 km de portée (2 pods de 4 missiles chacun) à guidage radio semi-automatique. D’autres missiles pourraient être intégrés dans le futur dont l’Ataka-D (10 km de portée) et le Krizantema à guidage radar millimétrique automatique ou laser. L’armement non guidé peut comprendre des pods lance-roquettes de divers calibres, des pods canons bitubes de 23 mm ou des pods disperseurs de mines et/ou bombelettes. Enfin, le Mi-28N peut emporter des pods lance-missiles air-air 9M39 Igla-V (jusqu’à 8 missiles) ou des R-73.

Les 4 premiers Mi-28N de série ont été livrés en janvier 2008 avant que les cadences de livraison ne soient augmentées les années suivantes : 10 en 2009, 15 en 2010, 10 en 2011 et 20 prévus en 2012. La cible russe serait de 67 Mi-28N livrés d’ici 2015 et jusqu’à 300 à terme. Les commandes récentes de Ka-52 et Mi-35M risquent cependant de réduire la cible finale. L’arrivée du Mi-28N en unités opérationnelles date de mars 2009 avec le début du rééquipement d’un régiment à Buddennovsk. En octobre 2010, c’est au tour de la 393ème Base aérienne de Korenovsk de recevoir ses premiers Mi-28N tandis qu’une troisième unité doit en être équipée en 2012.

Versions

- Mi-28 : désignation des 2 premiers prototypes.

- Mi-28A Havoc : version d’attaque de jour de base (2 prototypes réalisés) n’ayant pas été retenue par l’armée russe face au Ka-50 de Kamov.

- Mi-28N Havoc : version modernisée du Mi-28A dotée d’une capacité de combat tout temps ("N" pour "night"). Développée par Mil sur fonds propres au début des années 1990 avant d’être retenu par la Russie en 2003-2004 et d’entrer en production de série en 2007. Ne dispose pas du radar de mat N025, des viseurs de casques et de certains systèmes d’auto-protection qui seront intégrés dans un nouveau standard vers 2012-15 : le Mi-28NM.

- Mi-28NE : version export du Mi-28N.

- Mi-28NM : version améliorée du Mi-28N qui devrait entrer en service à l’horizon 2012-2015. Elle disposera du radar de mat N025 (toujours en développement), de viseurs de casques, d’une nouvelle optronique pour le pilote, d’une suite d’auto-protection plus complète ainsi que de nouveaux armements dont le missile anti-chars 9M123 Krizantema (AT-15). Les turbines TV3-117VMA devraient quant à elles être remplacées par des Klimov VK-2500 plus puissantes (2 400 cv contre 2 194).

- Mi-28UB : nouvelle version d’entrainement du Mi-28N dont le développement a été annoncé en 2009. Elle se distinguerait notamment du Mi-28N par des doubles commandes de pilotage.

Mi-28 plan {JPG}

Mi-28N Havoc
DIMENSIONS
Longueur 16,89 m
Hauteur 3.82 m (tête de rotor)
Envergure 17,20 m
MASSES
à vide 8.6 t
maxi au décollage 11,5 t
charge militaire n.c.
carburant 1 720 litres en interne + jusqu’à 4 réservoirs externes
PERFORMANCES
vitesse de croisière 269 km/h
vitesse maxi 319 km/h
plafond 5 700 m
Rayon d’action au combat 200 km
Autonomie maxi (sans réservoirs externes) 433 km
MOTORISATION
nombre 2 turbines
type Klimov TV3-117VMA
poussée unitaire 2194 ch
ARMEMENTS
canon interne 30 mm (250 coups)
air-air 9M39 Igla-V (SA-16) et R-73 (AA-11)
anti-chars 9M114 Shturm (AT-6), 9M120 Ataka-V (AT-12)
air surface non guidé pods roquettes S8 (20 x 80 mm), S-13 (5 x 122 mm) et S-24 (2 x 240 mm), pod canon bitube UPK-23-250 de 23 mm (250 coups), disperseur de mines ou bombelettes KMGU-2

Le Mi-28 dans le monde

Pays Nombre Livraisons Commentaires
Russie 44+22* 2008-15 Livraisons connues : 4 premiers Mi-28N en janvier 2008 (344ème centre d’entrainement et de conversion opérationnelle de Torzhok) + 6 en avril 2009 (487ème Régiment de Buddennovsk dans le Caucase du Nord devenu la Base Aérienne 6971) + 4 autres en 2009 (Buddennovsk) + 15 en 2010 (7 à Buddennovsk et 8 à Korenovsk / Base aérienne 393) + 10 en 2011 (à priori 4 à Korenosvk à une date inconnue + 6 à Torzhok en octobre 2011) + 6 à la 546ème Base aérienne de Rostov-sur-le-Don à l’été 2012. Un Mi-28N a été perdu en février 2011 lors d’un crash. Au total, 20 Mi-28N sont attendus en 2012 dont 12 pourraient rejoindre la 378ème Base aérienne de Vyaz’ma (à confirmer). La cible d’acquisition serait de 67 d’ici 2015 et jusqu’à 300 à terme.
Kenya 3 ?  ? 3 Mi-28N pourraient avoir été commandés par le Kenya en 2012 selon des informations non confirmées. D’autres sources évoquent jusqu’à 16 Mi-28N.
Irak 0  ? 30 Mi-28NE avaient été commandés par l’Irak dans le cadre de contrats d’armements de plus de 4,2 Mds US$ signés avec la Russie entre l’été 2012 et octobre 2012 mais ils ont été annulés fin 2012 et sont en cours de renégociation. A suivre...

* en commande.

Les prospects actuels du Mi-28 sont notamment les suivants :
- Venezuela : négociations entamées en 2007 pour 10 Mi-28N.
- Algérie : négociations entamées en 2011 pour des Mi-28NE qui pourraient être livrés en 2012-17 d’après Rosoboronexport.

Article

> Mise à jour : décembre 2012
> Date de publication : juin 2006
> Auteur : Redstars.


Mi-28 Havoc.


Mi-28N Havoc avec le radar de mat N025.


Mi-28N Havoc avec le radar de mat N025 (photo : Rostvertol).


Mi-28N Havoc emportant 16 missiles AT-12 (photo : Rostvertol).


Mi-28N Havoc vu de face avec de haut en bas : le système de guidage radio du missile AT-12 (carénage noir), l’optronique GOES-520 pour la navigation et le système de visée OPS-28 pour le tireur.


Mi-28N avecc radar de mat N025 en cours d’évaluation lors de l’exercice "Bouclier 2006" (photo : RIA Novosti)


Mi-28N avec et sans radar N025 en formation lors de "Bouclier 2006" (photo : RIA Novosti)


Mi-28 en cours d’assemblage


Mi-28 Havoc présenté à MAKS 2007


Mi-28N de la base de Korenovsk à l’entrainement au combat en montagne (photo : ministère russe de la défense).


L’un des Mi-28N livrés à l’été 2012 à la force aérienne russe dans une nouvelle livrée gris clair (photo : Erik Rostov - aviaforum.ru).