Yak-130

Historique

Le Yak-130 (nom de code OTAN : Mitten) a été développé par le bureau d’études Yakovlev pour remplacer les L-29 et L-39 d’entraînement dans les forces aériennes russes et sur les marchés export. L’Union Soviétique avait exprimé son besoin pour un tel appareil dès la fin des années 1980 et 4 bureaux d’études russes proposèrent leurs concepts : Yakovlev (Yak-UTS qui est devenu le Yak-130 par la suite), MiG (MiG-AT), Sukhoï (S-54) et Myasishchev (M-200). Les Yak-130 et Mig-AT furent shortlistés en décembre 1991 mais le programme avança lentement faute de budget après la chute de l’URSS. Ce qui obligea Yakovlev à financer le développement en grande partie sur fonds prores. Entre octobre 1993 et décembre 1999, Yakovlev entama même une coopération avec l’italien Aermacchi pour développer un avion commun sur la base du Yak-130 avant que chaque firme ne lance finalement son propre appareil : Yak-130 pour Yakovlev et M346 pour Aermacchi. Le premier vol du démonstrateur du Yak-130, le Yak-130D, a eu lieu le 25 avril 1996 (avec des moteurs DV-2 slovaques à l’époque). Le Yak-130 a ensuite été officiellement retenu face au Mig-AT en avril 2002 pour équiper la force aérienne russe.

Le Yak-130 est un avion d’entrainement avancé bimoteur (contrairement aux L-29 et L-39) avec cockpit en tandem. Ses 2 moteurs Progress AI-222-25 (Klimov RD-35M sur les prototypes) permettent de fortes accélérations pour simuler toute la puissance des avions de combat modernes de générations 4 à 5 comme les nouveaux Su-35S et PAK-FA. Ses structures sont en matériaux composites légers (alliages d’aluminium, magnésium et lithium + titane) et ses commandes de vol électriques. Son architecture électronique est ouverte et son système de contrôle de vol KSU-130 est programmable selon le type d’appareil à simuler. Le cockpit est tout écran (2x3 écrans multifonctions de 15x20 cm + 1 HUD) tandis que le système de navigation est inertiel et GPS/GLONASS. Le système de combat permet de simuler tout type d’arme en service au sein de la force aérienne russe : missiles air-air, bombes classiques, armements guidés air-sol, etc. Le Yak-130 est également compatible avec l’utilisation d’un viseur de casque. Le train d’atterrissage rétractable est renforcé pour une utilisation sur des pistes semi-préparées tandis que les entrées d’air peuvent s’obturer au profit d’entrée d’air secondaires sur le fuselage. Le Yak-130 dispose de 9 points d’emport d’armements : 1 ventral (pouvant recevoir un pod canon bitubes de 23 mm), 3 sous chaque aile (dont 2 supportant 500 kg) et 1 sur chaque bout d’aile pour un total de 3 tonnes de charge militaire.

Les caractéristiques et performances du Yak-130 sont telles que Yakovlev ambitionne également d’en dériver des versions de combat. Un Yak-130 biplace doté de capacités de combat a effectué son premier vol en août 2009 tandis que Yakovlev envisage de développer des versions monoplaces spécifiques aux missions de combat, reconnaissance, attaque et guerre électronique (Yak-133). La force aérienne russe à décliné en 2012 l’idée de remplacer le Su-25 par une version d’attaque du Yak-130 ; principalement parce qu’il ne serait pas assez motorisé et protégé. A l’export, le Yak-133 pourrait néanmoins devenir un avion de combat léger crédible pour les forces aériennes peu fortunées. Yakovlev envisage enfin de développer un appareil d’entraînement naval à partir du Yak-130. Ce qui ne nécessiterait que 5% de modifications sur l’appareil selon le constucteur. Le Yak-130 navalisé serait ainsi le successeur du Su-25UBM.

Le Yak-130 a subi une longue phase d’essais étatiques entre 2005 et décembre 2009 impliquant 3 appareils de pré production ayant effectué leurs premiers vols en avril 2004, avril 2005 et mars 2006. A noter que ce dernier fut perdu le 26 juillet 2006 lors d’un crash imputé à une défaillance du système de contrôle de vol aujourd’hui corrigée mais qui retarda le développement de presque 2 ans. Il fut remplacé par un nouvel appareil à l’été 2008.

Un total de 67 Yak-130 de série ont déjà été commandés par les forces aériennes russes sur une cible de 12+65 livrables d’ici 2015 ; voire jusqu’à 200 d’ici 2020. La première tranche de 12 Yak-130 a été commandée dès fin 2002 mais le feu vert pour le lancement de la production n’a été obtenu qu’en novembre 2007 quand les essais furent jugés suffisamment avancés et concluants. Cette première tranche, produite à la fois par l’usine Sokol de Nizhny Novgorod (8 appareils) et Irkutsk (4 appareils), a été livrée en 2010-11 (avec un premier vol du premier de série en mai 2009). Le crash de l’un d’eux en mai 2010 a conduit la force aérienne russe à clouer au sol ses appareils et geler les nouvelles livraisons durant un an. La seconde tranche de 55 Yak-130 (+10 options) a été commandée le 7 décembre 2011 pour un montant de 30 Mds de roubles (754 M€). 15 ont été livrés en 2012 et 19 sont attendus en 2013. Les 21 derniers sont attendus d’ici 2015. A terme, la Russie compterait aussi équiper ses patrouilles acrobatiques (actuellement équipées de Mig-29 et Su-27) avec le Yak-130 (peut-être par reconversion des premiers exemplaires livrés).

A l’export, le Yak-130 a été commandé par l’Algérie (16), la Libye (6 avant annulation) et la Syrie (36). En 2012, il intéresserait une dizaine de pays dans le monde selon Rosoboronexport tandis que Yakovlev affirme viser un quart du marché mondial des avions d’entrainement avancé estimé à 2500 exemplaires. On peut notamment citer le Venezuela, le Vietnam (un contrat pour 8 Yak-130 pourrait avoir été signé en 2010 selon certaines informations non confirmées), la Malaisie, le Kazakhstan, la Biélorussie, le Bangladesh (24), le Ghana, la Pologne, le Yémen, l’Uruguay et les Philippines. Les principaux concurrents du Yak-130 sont les M346 italien (Alenia Aermacchi), Hawk britannique (BAE Systems), L-159 tchèque (Aero Vodochody) et TA-50 sud-coréen (KAI).

Tous les Yak-130 sont désormais produits par Irkutsk qui aurait la possibilité d’en produire jusqu’à 50 par an (+10 structures par an chez Sokol si besoin). 47 Yak-130 auraient déjà été assemblés là-bas entre 2009 et fin novembre 2011.

Le prix unitaire du Yak-130 est estimé entre 15 et 20 M US$. Sa durée de vie est estimée à 30 ans ou 10 000 heures de vol. Son coût sur toute sa durée de vie serait 4 à 6 fois inférieur à ceux des versions biplaces d’entrainement des Su-27 et Mig-29 selon le constructeur.

Versions

- Yak-130 : avion d’entrainement avancé biplace. Il est également désigné Yak-130UBS dans les forces aériennes russes. Capacités d’attaque en option (cf. équipements du Yak-133). Une variante navalisée est également envisagée pour opérer à partir de porte-avions (avec pour prospects la Russie et l’Inde).

- Yak-133 : Yakovlev envisage de développer plusieurs versions monoplaces de combat du Yak-130 dont un avion de combat léger, (Yak-133) un avion d’attaque (Yak-133IB), un avion de reconnaissance (Yak-133R) et un avion de guerre électronique (Yak-133PP). Le Yak-133, dont un prototype serait attendu en 2014, disposerait de moteurs AI-222-27 plus puissants (2,8 tonnes de poussée unitaire au lieu de 2,5 t) et d’un réservoir de carburant supplémentaire en interne (à la place du siège arrière). Il devrait disposer d’un radar et d’un pod d’acquisition/désignation de cible ; Yakovlev envisageant plusieurs solutions intégrées ou en pods embarqués. Phazotron proposerait par exemple trois solutions pour le radar : millimétrique pour la détection de cibles terrestres (en bande Ka), multifonctions (bande X) ou à antenne électronique active (AESA). Le pod d’acquisition/désignation de cible est quant à lui développé par NPK SPP à partir de celui des MiG-29K indiens. Ce qui autorisera l’emport et le tir de missiles air-air R-77M, de bombes guidées laser ainsi que de missiles air-surface Kh-31 (dans ses variantes anti-navire et anti-radar) et Kh-58. Des pods de guerre électronique (brouilleurs et lance-leurres) sont aussi prévus. Certaines zones vitales pourraient recevoir des blindages.

- UCAV : Yakovlev envisage enfin de développer un drone de combat et de reconnaissance (UCAV) sur la base du Yak-130.

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Yak-130
DIMENSIONS
Longueur 11,493 m
Hauteur 4,76 m
Envergure 9,84 m
MASSES
à vide 4,6 t
normale au décollage 7,25 t
maxi au décollage 5,7 t (version d’entrainement) à 10,29 t (version d’attaque)
charge militaire 3 t
carburant interne 1,7 t
carburant interne+externe (avec 2 bidons) 2,7 t
PERFORMANCES
angle d’attaque 35°
rapport poids / puissance 0.7 (à masse normale au décollage)
vitesse maxi (haut) 1 060 km/h (Mach 0.93)
vitesse maxi (bas) n.c.
plafond 12 500 m
RA maxi sans réservoirs externes 1 600 km
RA maxi avec 2 réservoirs externes (2x450 kg) 2 300 km
Distance mini au décollage 400 m (normal : 550 m)
Distance maxi à l’atterrissage 650 m (normal : 750 m)
Facteurs de charge -3G / +8G
MOTORISATION
nombre 2 réacteurs
type Progress AI-222-25
poussée unitaire 2.5 t
ARMEMENTS
canon pod canon bitubes de 23 mm (pas de canon interne)
air air missiles R-60 et R-73
air surface lance-roquettes, bombes classiques et guidées (jusqu’à 8 de 250 kg ou 4 de 500 kg), missile Kh-25ML

Le Yak-130 dans le monde

Pays Nombre Livraisons Commentaires
Russie 29+37* 2010-15 12 Yak-130 de série commandés en 2002 (livrés en 2010-11) + 55 commandés le 7 décembre 2011 (livrables d’ici 2015) + 10 options (livrables en 2016 ?). Sur le premier lot de 12 Yak-130, 4 ont été livrés au centre d’entrainement au combat et de conversion de Lipetsk entre février et avril 2010 (dont un perdu lors d’un crash en mai 2010 qui a retardé les livraisons suivantes) et 8 à l’Ecole de pilotage de Borisoglebsk (5 en avril et 3 en juin 2011). 2 des appareils de Lipetsk ont rejoint Borisoglebsk en juin 2011 également ; permettant de commencer à former des pilotes à partir de fin 2011. Les 6 premiers Yak-130 de la seconde tranche ont été livrés le 4 octobre 2012 (dont 3 transférés le lendemain à Borisoglebsk et les 3 autres le 9 octobre) suivis de 3 autres le 20 novembre 2012, 3 le 4 décembre 2012 et 3 fin décembre 2012. 19 nouveaux Yak-130 seraient attendus en 2013 (au moins 3 déjà livrés). La cible d’acquisition russe pourrait aller jusqu’à 200 d’ici 2020.
Algérie 16 2011 16 commandés en mars 2006 pour 300 M US$. Le premier Yak-130 algérien a effectué son premier vol en août 2009 mais n’a été livré qu’en novembre 2011. Le dernier a été livré en décembre 2011. Ils ont tous été produits par Irkutsk. La cible d’acquisition algérienne serait de 50 unités pour remplacer les L-39.
Biélorussie 4* 2015 4 commandés fin 2012 pour des livraisons en 2015
Libye 0 - 6 Yak-130 commandés en août 2007 pour 120 M US$. Les livraisons étaient prévues en 2011-12 mais le contrat a été annulé par la chute du régime de Khadaffi. Les 6 appareils ayant été produits en 2011, ils pourraient finalement être livrés à la Russie.
Syrie 36*  ? 36 Yak-130 auraient été commandés en décembre 2011 pour 550 M US$ mais le gouvernement russe pourrait finalement bloquer le contrat en raison de la guerre civile dans le pays... La cible syrienne serait de 75 appareils pour remplacer ses L-39.

Article

> Mise à jour : juin 2013
> Date de publication : mars 2006
> Auteur : Redstars.


Prototype du Yak-130 avant que l’Italie et la Russie poursuivent leurs développements séparément.


Yak-130


Le Yak-130 dispose de 3 points d’emport d’armements sous chaque aile (500 kg maxi), 1 ventral et 2 en bouts d’ailes (pour des pods ou missiles air-air).


Yak-130 (Photo : Yakovlev)


Yak-130 (Photo : Yakovlev)


Le premier Yak-130 de série de la force aérienne russe, le n°90, photographié à MAKS 2009 (photo : V.Kuzmin).


Alignement de Yak-130 de la force aérienne russe en 2010. Les bidons externes permettent de transporter 450 kg de kerozène supplémentaire chacun.


Le Yak-130 d’entrainement et ses versions possibles de combat (schéma : Yakovlev).


Yak-130 des forces aériennes russes en 2011.


Yak-130 au roulage avec ses entrées d’air basses obturées.


Yak-130


Le cockpit "tout écran" du Yak-130 comporte pour chacun des 2 membres d’équipage 3 écrans couleurs multifonctions de 15x20 cm.


Yak-130 algérien en voie de livraison par avion cargo An-124.


L’un des 3 Yak-130 livrés à Borisoglebsk en octobre 2012 (photo : Irkut).


Essais d’armements sur un Yak-130 en mai 2012 : 2 missiles air-air R-73, 2 paniers lance-roquettes de 122 mm et 2 réservoirs supplémentaires (photo : Alexander Medvedev - russianplanes.net).