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La Russie met en place une nouvelle organisation de sécurité avec ses alliés.

La dissolution de l’URSS à la fin des années 1990 a mis fin à l’uniformité de l’espace défensif russe et ses forces nucléaires, systèmes de défense aérienne, son complexe militaro-industriel. En proie à un difficile maintient de son statut de grande puissance, la fédération de Russie a essayé de conserver sa domination sur l’espace post soviétique par divers moyens et avant tout par des moyens militaires et politiques.

La perte des frontières géopolitiques de l’ex-URSS combinée à l’inéfficacité de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) a conduit la Russie à s’orienter vers la constitution d’organisations intra régionales comme l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC)., l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) ou l’Espace Economique Commun (EEU).

La Russie semblait ne pas prendre en compte les changements intervenus au sein de la CEI ces dernières années. C’est seulement après les révolutions orange (en Géorgie en 2003 et en Ukraine en 2004) que le Kremlin s’est rendu compte du nécessaire remodelage du système de sécurité régional de l’ex-URSS.

La coopération politico-militaire au sein de la CEI

Après la chute de l’Union Soviétique, la Russie a réussi (avec l’aide des Etats-Unis) à garder le contrôle des forces nucléaires restant sur les territoires de la Biélorussie , de l’Ukraine et du Kazakhstan. L’étape suivante fut la création d’une structure régionale de sécurité au sein de la CEI.

En mai 1992, un traité de sécurité collective fut signé (ce traité est également connu sous le nom de Traité de Tachkent) avec pour parties prenantes la Russie , l’Azerbaïdjan, la Biélorussie , la Géorgie , le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Les seuls pays à refuser ce traité furent la Moldavie , le Turkménistan et l’Ukraine. Le traité de Tachkent était un mélange d’alliances militaires classiques prévenant l’agression de l’un des membres signataires et de systèmes collectifs de sécurité (le traité autorisait ses membres à intervenir pour résoudre les conflits potentiels dans les pays d’ex-URSS).

La CEI s’est révélée être un bon moyen de “divorce à l’amiable” mais elle n’a jamais mené à la création d’un nouveau bloc politico-militaire pro russe à même de reformer l’ex espace soviétique et de s’opposer à l’expansion de l’OTAN et de l’UE. La coopération au sein de la CEI a été minée par les aspirations d’indépendance totale de Moscou de la part de certains Etats. Le noyau dur de ce groupe « rebelle » était constitué de la Géorgie , l’Azerbaïdjan, l’Ukraine et la Moldavie (qui voulaient rejoindre les structures politiques et de sécurité occidentales) ainsi que l’Ouzbékistan qui souhaitait avoir un rôle de premier plan en Asie centrale. Ces pays avaient créé une organisation appelée GUUAM avec le soutien des Etats-Unis. En 1999, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ouzbékistan sortirent du traité de Tashkent.

La coopération militaire au sein de la CEI était complexe. La plupart des accords conclus dans la CEI ne furent en effet pas ratifiés ou n’entrèrent pas en application. Quelques pays de la CEI commencèrent à ajuster leurs structures militaires au format OTAN et à considérer la coopération au sein de la CEI comme contre productive.

Le programme “Partenariat pour la Paix ” (« Partnership For Peace » ou PFP) de l’OTAN a connu une nouvelle dynamique après l’élargissement de l’OTAN en 2004. Le programme s’est développé dans l’espace post soviétique, particulièrement avec les pays du Sud Caucase. Bien que pour le moment l’OTAN n’envisage pas l’adhésion de la Géorgie ou de l’Azerbaïdjan, son engagement dans la région s’est accru sous la forme d’exercices communs avec ces pays. La Russie perçoit ces activités comme un étape vers l’élargissement de l’OTAN.

L’Ukraine est le pays le plus impliqué dans la coopération avec l’OTAN. Ce fut le premier pays à signer le programme PFP et en 1997 une commission OTAN/Ukraine fut établie. L’Ukraine a adopté en 2002 un plan d’action stratégique qui sous tendait la candidature future du pays à l’OTAN. Il spécifiait des objectifs nationaux en terme de politique et de sécurité ainsi que de réforme du secteur de la défense et incluait aussi des objectifs spécifiques de coopération avec l’OTAN. Ce plan accélérait donc la réforme de la défense ukrainienne.

En avril 2005 un nouveau dialogue plus intense est apparu entre l’OTAN et l’Ukraine. Ce type de dialogue a été utilisé pour la première fois en 1997 envers la Pologne , la République Tchèque et la Hongrie après qu’ils aient été invités à rejoindre l’OTAN. C’est pourquoi, il est perçu comme une étape de l’Ukraine sur la route de l’OTAN et une future adhésion.

Moscou a initialement réagit avec prudence vis à vis de la candidature ukrainienne à l’OTAN. La Russie a en effet appris des précédents élargissements que son opposition pouvait être ignorée et qu’elle pouvait même perdre de son influence dans le pays candidat. D’un autre côté, la Russie considère un élargissement de l’OTAN à l’Ukraine comme une moindre menace sur sa politique étrangère dans l’espace post soviétique qu’une éventuelle adhésion à l’UE. De plus, l’Ukraine est énergiquement dépendante de la Russie et historiquement liée à elle. Ce qui rend difficile une trop grande prise de distance de Kiev et Moscou.

Le seul succès de la CEI était le système commun de défense aérienne. Il fut mis en service en 1995 par dix pays de la CEI mais ses structures changèrent rapidement ; la Géorgie et le Turkménistan se retirant en 1997. La Russie fut forcée de coopérer sur une base bilatérale avec l’Ouzbékistan et l’Ukraine. Le futur de ce système de défense aérienne est source d’inquiétude pour la Russie.

La présence militaire russe dans les pays de la CEI , et notamment en Arménie, Biélorussie, au Kirghizstan, Tadjikistan, en Géorgie, Moldavie et en Ukraine, atteint les 14 000 hommes. Cette présence est justifiée par la Russie comme une réponse au besoin de stabilité dans les zones sortant de crise (dans le cas de la Moldavie , la Géorgie et l’Arménie) ou par des accords avec ses alliés (cas de la Biélorussie ). Dans le cas de la Géorgie , la Moldavie et l’Ukraine, le futur des bases militaires russes reste incertain suite aux demandes de retrait exprimées par les pays hôtes.

L’OTSC comme nouveau cadre défensif

La création de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) en Octobre 2002 fut la première initiative russe sur la route du changement de système de sécurité dans l’espace post soviétique. Ses membres étaient les pays les plus fidèles à la Russie et encore membres du Traité de Tachkent en 1999 : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Russie et Tadjikistan. Son but était de remplir l’un des objectifs primordiaux de la transformation des forces armées russes qui suppose la consolidation de l’influence russe sur le territoire de l’ancienne URSS. L’accent est mis sur l’adaptation des forces armées russes aux conflits modernes. La priorité est donnée à la capacité de combattre le terrorisme et au rétablissement de capacités russes de projection de puissance à l’échelle mondiale.

Moscou a intensifié en 2005 ses efforts pour transférer la coopération militaire initiée par le forum de la CEI à l’OTSC. La Russie a commencé à promouvoir l’OTSC sur la scène internationale. Elle a été promue au statut d’observateur à l’Assemblée générale des Nations Unies, reconnue par l’OSCE et l’OSC. De plus, des efforts ont été faits dans le sens de la coopération avec l’OTAN, notamment en Afghanistan.

La réunion du principal organe de l’OTSC, le conseil de sécurité collective, a eu lieu à Moscou du 22 au 24 juin 2005. Les décisions adoptées lors de cette réunion vont vers la création d’une composante militaire de l’organisation. Les membres ont en particulier envisagé le développement d’un système intégré de défense aérienne et l’amélioration des forces de déploiement rapide en Asie centrale. Une Commission pour la coopération économico-militaire a été créée également avec le but d’intensifier la coopération entre les industries militaires.

La réunion du conseil des ministres de la défense de la CEI qui a eu lieu le 24 juin 2005 a seulement confirmé le transfert de la coopération militaire à l’OTSC. La Géorgie , la Moldavie et le Turkménistan étaient absents alors que l’Ukraine a déclaré réduire son niveau de participation à celui d’observateur. La CEI a définitivement cessé d’être un forum pour la coopération militaire en Août 2005. Selon le président russe, Vladimir Poutine, les priorités de l’OTSC incluent la coopération en matière de défense aérienne, de production d’armements, de préparation des troupes militaires et de missions de maintien de la paix.

Les activités de l’OTSC

L’OTSC a pratiquement pris en main le système de défense commune. Il est constitué de 20 unités de commandement et de contrôle ainsi que de 80 unités de combat, dont des régiments de missiles, d’avions de combat et de guerre électronique. La premiers exercices pour le système commun de défense aérienne ont débuté le 25 juin 2005 en Russie et se sont étendus jusqu’en septembre. Officiellement, ces exercices étaient entrepris par la CEI mais seuls les pays membres de l’OTSC y prirent part. Ils marquaient ainsi l’étape suivante dans la stratégie de la Russie pour remplacer le système de défense aérienne de la CEI par le système intégré de l’OTSC.

La situation en Afghanistan reste la principale question de sécurité à l’échelle régionale. Les derniers évènements dans cette région ont été perçus par la Russie et les pays de l’OTSC comme une menace à leur frontière sud. L’Afghanistan n’a pas cessé d’être une source de fondamentalisme islamique et ce dernier joue un rôle important dans les pays d’Asie centrale. De plus, l’Afghanistan reste le plus gros producteur de drogue de la région. L’éradication du trafic de drogue est devenu l’une des priorités de l’OTSC.

La lutte contre le terrorisme est l’un des autres domaines majeurs de coopération. Ce combat est sans aucun doute également un prétexte de répression envers les adversaires politiques locaux.

Enfin, un autre objectif de l’OTSC est le renforcement de la présence militaire russe chez ses alliés. L’OTSC comprend deux groupes militaires communs : le groupe Russo-biélorusse (environ 200 000 hommes) et le groupe Caucasien (quasiment Russo-Arménien). Pour Moscou, c’est un moyen d’aider les dirigeants des pays alliés et de préserver son influence. C’est primordial pour Moscou de préserver son engagement militaire en Asie centrale. Depuis la dissolution de l’URSS, la Russie se focalise sur le maintient du status quo dans l’espace post-soviétique, lequel est mis en danger par l’arrivée des Etats-Unis et de la Chine dans la région.

Conclusion

La politique étrangère russe dans l’espace post soviétique devient de plus en plus réaliste comparativement aux années précédentes. La Russie veut construire une organisation solide qui ne sera pas remise en cause par la désaffection de certains membres désireux de rejoindre l’OTAN. Cependant, ses alliés potentiels restent des Etats pauvres. Ce qui force Moscou à financer la modernisation de leurs forces armées. Ces mêmes Etats peuvent toutefois toujours être sources de problèmes pour Moscou.

Par exemple, le Kazakhstan a accru ses activités en Mer Caspienne malgré les protestations de Moscou. Les armées arméniennes et Kazakhs participent à la stabilisation de la situation en Irak. Le Kirghizstan a autorisé le survol de son territoire par les avions américains et l’installation d’une base aérienne américaine à Kant. Certains membres de l’OTSC ne coopérent pas totalement avec la Russie. La Kazakhstan et le Kirghizstan, qui constituent 30% de l’espace aérien de l’OTSC, n’ont pas participé à la phase active des exercices de défense aérienne en septembre 2005.

Les dépenses militaires russes reflètent aussi un changement des priorités vis à vis de la CEI. Le montant de la part du budget de la défense russe alloué aux « opérations collectives de sécurité et de maintien de la paix » est passée de 1,4 milliards de roubles en 2003 à 63 millions en 2004 puis 61 millions en 2005. Dans le même temps, les crédits accordés aux bases russes dans les pays membres de l’OTSC ont augmenté.

La Russie cherche une réponse à ce qu’elle perçoit comme une intervention extérieure de l’occident dans sa sphère d’influence. La structure de la CEI est devenue bipolaire avec un groupe plus favorable à l’occident comprenant notamment la Géorgie , la Moldavie (au moins en partie) et l’Ukraine. L’Ukraine est cependant toujours l’objet d’une lutte entre la Russie et l’Ouest. Bien que les Etats-Unis et l’Europe aient remporté une victoire importante avec l’élection de Viktor Yushchenko à la présidentielle ukrainienne de Décembre 2004, l’influence russe est loin d’être annihilée. Le camp pro occidental apparaît même divisé après la démission de Yulia Timoshenko du gouvernement de Yushchenko. Toutefois ce bloc a un intérêt à empêcher une domination russe également.

L’autre bloc comprend les pays de l’OTSC plus fermement attachés à la Russie. L ’Ouzbékistan fait aussi partie de ce bloc après un revirement géopolitique récent.

Article

> Mise à jour : août 2006
> Date de publication : janvier 2006
> Auteur : Marcin Kaczmarski, spécialiste des relations américano-russes de l’après guerre froide, de la politique étrangère russe et en sécurité internationale à l’Institut des Relations Internationales de l’Université de Varsovie.
> Traduction : Redstars.
> Initialement publié par PINR en 2006.


La Russie réorganise sa sphère d’influence et son espace défensif autour de l’OTSC.