Accueil du site > Air & Espace > Fiches > Les missiles sol-air russes.

Les missiles sol-air russes.

Une doctrine militaire originale qui met en avant le sol-air

L’URSS puis la Russie ont toujours mis en avant dans leurs doctrines militaires la défense sol-air comme un moyen efficace de protéger le territoire de la "mère patrie" en complément des intercepteurs et autres chasseurs. Les russes furent même les premiers à mettre en place un système de défense anti-missiles balistiques autour de Moscou. En 2003, le "livre blanc" non officiel de la défense russe précisait encore que vu le rôle dominant de la puissance aérienne dans le combat moderne, un système de défense anti-aérien très bien équipé et capable de résister aux moyens de guerre électronique est nécessaire. D’ailleurs la défense sol-air russe, et de la CEI dans une moindre mesure, a été constamment modernisée même après la chute de l’URSS contrairement aux forces aériennes qui avaient été délaissées. Ainsi la défense anti-aérienne russe actuelle comprend un nombre important de puissants systèmes S-300 alors que son successeur le S-400 commence à entrer en service.

En occident, la défense sol-air est restée plus secondaire à l’exception de la protection des points stratégiques (bases aériennes, postes de commandement, etc). C’est particulièrement vrai pour des pays comme les Etats-Unis où la doctrine militaire prône une supériorité aérienne rendant à priori inutile toute défense sol-air. Il en va un peu différemment de la protection des navires de guerre par missiles surface-air mais ce sujet ne sera pas abordé ici.

De la capacité de nuisance des missiles sol-air

Pourtant, les armements anti-aériens ont une capacité de nuisance et d’interdiction importante. Les nombreuses pertes américaines dûes aux missiles sol-air russes, dont le fameux SA-2 Guideline, au Vietnam en est un bon exemple de même que les pertes de l’aviation israélienne face aux missiles russes des pays arabes lors de la guerre du Kippour. Le SA-2 est aussi à l’origine de l’expoit réalisé en 1960 par la défense anti-aérienne soviétique en abattant un U-2 de la CIA au-dessus du territoire de l’URSS. Plus récemment, les avions de l’OTAN ont dû opérer à distance de sécurité de la défense anti-aérienne serbe qui a réussi à abattre un chasseur bombardier furtif F-117 lors de la guerre du Kosovo. Et pourtant cette défense anti-aérienne à base de systèmes et missiles sol-air russes n’était pas de dernière génération.

L’excellence russe

De ce fait, les russes ont beaucoup investi dans les technologies et armements anti-aériens pour la défense sol-air du territoire russe au point d’exceller dans ce domaine. Et aujourd’hui, ce n’est pas pour rien qu’ils sont numéro un incontesté des armements sol-air sur le marché mondial : les missiles anti-aériens russes sont réputés très efficaces sur tout type de cible (avions, hélicoptères, drônes et même missiles de croisière) et dissuasifs pour tout adversaire potentiel qui doit dès lors prévoir une lourde campagne de suppression des défenses anti-aériennes ennemies. D’où les importantes formations de F-4G Wild Weasel et EA-6B Prowler américains de la guerre froide.

Parmi les missiles sol-air russes "phares" de la guerre froide et d’’aujourd’hui, on peut distinguer les missiles à courte portée dont le fameux SA-7 Grail livré en grandes quantités à travers le monde et en particulier aux mouvements révolutionnaires communistes de la guerre froide. Apparu en 1966, sa portée est faible (3 à 4 km) mais son système de guidage infra rouge (IR) et sa très grande mobilité (le système est portable à dos d’homme) en ont fait une arme redoutable et quasiment indétectable avant son lancement. Lui ont ensuite succédé des missiles plus perfectionnés et encore plus redoutables comme les SA-14 Gremlin, SA-16 Gimlet et SA-18 Grouse. Les missiles à moyenne portée ont aussi un longue lignée puisqu’après le fameux SA-2 Guideline de 1957 à guidage radar (30 à 40 km de portée) déjà évoqué, est apparu le SA-3 Goa (environ 20 km de portée) dès 1961. Les missiles sol-air russes à moyenne portée sont ensuite devenus plus mobiles ; renforcant leur dangerosité contrairement aux SA-2 et SA-3 généralement utilisés en batteries fixes et donc plus facilement repérables par les aéronefs et satellites de reconnaissance. Ainsi le SA-6 Gainful (25 km de portée) est apparu en 1970 sur un chassis à chenilles, le SA-8 Gecko (15 km) en 1973 sur un chassis à roues tandis qu’un missile à guidage IR et non plus radar était monté sur chassis à roues l’année suivante : le SA-9 (8 km). Ces missiles et leurs véhicules lanceurs mobiles pouvaient accompagner les troupes au sol et les protéger au plus prêt du front à tout instant en complément des blindés à canons anti-aériens multiples tels les fameux Shilka... Les missiles sol-air russes à longue portée les plus modernes sont actuellement les SA-10/12 (S-300 Buk) qui forment l’ossature de la défense anti-aérienne russe depuis plus d’une décennie et qui seront remplacés par les SA-20 (S-400 Triumph) de 400 km de portée. S’y ajoutent les SA-15 Gauntlet et SA-19 Grison à courte et moyenne portée. Tous ces systèmes sont montés sur véhicules lanceurs mobiles de même que les radars et conduites de tir associés. Ils connaissent un grand succès à l’export dans le monde entier. En effet, face à une menace aérienne de plus en plus importante, avec l’hyperpuissance aérienne américaine et occidentale mais aussi le développement de forces aériennes modernes partout dans le monde, les missiles sol air russes peuvent constituer une arme de défense redoutable. C’est en tout cas le message que les commerciaux russes font passer auprès des pays potentiellement intéressés...

Le tableau ci-dessous récapitule l’ensemble des caractéristiques techniques des principaux missiles sol-air russes :

Désignation russe Désignation OTAN Guidage Portée en km Vitesse en Mach Plafond en m Mise en service
V-75 Dvina SA-2 Guideline radar 30 à 43 4,5 n.c. 1957
S-125 Neva SA-3 Goa radar 18 à 22 3+ n.c. 1961
9M336 Kub SA-6 Gainful radar 25 2,8 15 000 1970
9M32 Strela-2 SA-7 Grail IR 3,6 à 4,2 1,6 n.c. 1966
9M33 Osa SA-8 Gecko radar 15 n.c. 4 500 1973
Strela-1 SA-9 Gaskin IR 8 1,8 n.c. 1974
S-300P Buk SA-10A Grumble (5V55K) radar 45 n.c. 25 000 1980
S-300PM Buk SA-10B Grumble (5V55R) radar 75 n.c. 25 000 1982
S-300PMU Buk SA-10C Grumble (5V559) radar 90 n.c. 27 000 1985
S-300PMU1 Buk SA-10D Grumble (48N6) radar 150 n.c. 27 000 1992
S-300PMU2 Favorit SA-20 (48N6/2) radar 200 n.c. 27 000 2000 ?
S-400 Triumph SA-20 (9M96) radar 40 n.c. n.c. 2007
S-400 Triumph SA-20 (9M96/2) radar 120 n.c. n.c. 2007
9M38 Buk M1 SA-11 Gadfly radar 28 3 25 000 1980
S-300V SA-12 Gladiator radar 75 à 100 n.c. 30 000 1987
9M37 Strela-10 SA-13 Gopher IR 10 1,5 5 000 1978
9M36 Strela-3 SA-14 Gremlin IR 4,5 n.c. n.c. 1974
9M331 Tor-M1 SA-15 Gauntlet radar 12 2,5 6 000 1991
9M313 Igla1 SA-16 Gimlet IR 5 2+ 3 500 1981
Buk-M2 SA-17 Grizzly radar ? n.c. n.c. n.c. n.c.
Igla SA-18 Grouse IR n.c. 1,6 3 500 1983
9M311 SA-19 Grison radar 7 à 10 3 3 500 1988
Buk-M3  ? radar  ?  ?  ? 2009
Tor-M2  ? radar  ?  ?  ? 2008

Article

> Mise à jour : septembre 2007
> Date de publication : décembre 2006
> Auteur : redstars.


SA-2 Guideline


SA-3 Goa


SA-6 Gainful


SA-7 Grail


Un système antiaérien SA-6 avec son véhicule radar associé au premier plan.


Un fantassin russe tire un missile sol air à courte portée SA-7 depuis un blindé BMP.


SA-8 Gecko


SA-9 Gaskin


SA-13 Gopher


SA-19 Grison monté sur l’automoteur antiaérien Tunguska.


Lanceur SA-12 Gladiator ou S-300V.


Lanceur SA-10 Grumble ou S-300.


SA-15 Gauntlet ou Tor-M1.


L’ensemble des véhicules porteurs du système S-300V (SA-12 Gladiator).


Maquettes du système Buk-M1 présentées au salon du Bourget 2007 (photo : redstars)


Maquette du système Tor-M1 présentée au Bourget 2007 (photo : redstars)